Été 2020

Me voici de retour après trois mois de pause ! Quel drôle de moment nous vivons, j’ai l’impression que les semaines filent sans les voir. Comme souvent, c’est lorsque les choses n’ont plus lieu qu’on remarque qu’elles nous manquent. Je réalise que je suis habituée à ce que mes années soient rythmées par des évènements qui m’aident à me sentir dans telle ou telle période : un festival au début du mois de juin et les premières chaudes journées, une fête dans ma vallée à la fin du mois de juin qui m’annonce le début de l’été, les vacances à l’étranger puis le Paléo en juillet qui est toujours un mois festif et joyeux, les feux d’artifice du 1er août qui marquent le milieu de l’été, la fête des vendanges à Neuchâtel en septembre et l’arrivée de l’automne. Ce sont de petites choses, mais comme tout a été annulé, c’est comme s’il me manquait certains repères temporels. Rien de grave bien sûr, juste une constatation. Peut-être ressentez-vous quelque chose de similaire ?

Malgré tout, c’est un bel été. Juste un peu plus masqué et un peu moins lointain, mais un bel été quand même.

1. Les belles fleurs de mon balcon
2. J’ai fait ces tacos plusieurs fois, un délice (fond de guacamole et crème, poivrons grillés, concombre, oignon rouge, tomates et petites herbes)
3. Fraises all day every day tout l’été
4. J’aime bien photographier les beaux immeubles de Lausanne que je croise au fil de mes balades

1. Je me suis découvert une passion pour les pizzas maison avec les herbes de mon balcon (je fais toujours la même recette de pâte)
2. La vue depuis le Skylounge à l’hôtel Royal Savoy, je recommande pour un apéro sympa avec les copines sur les toits de Lausanne
3. Joli petit immeuble fleuri
4. Brownies + cupcakes + limonade aux fruits = la vie

1. La ville est tellement verte. Maintenant que je vis sur ma colline je vois combien il y a d’arbres dans Lausanne et c’est vraiment apaisant
2. Le petit plaisir de l’été = aller au marché le samedi matin
3. Apéro sur terrasse avec meilleure copine
4. Coucher du soleil sur un immeuble

Les vacances en 2020

1. On s’amuse à prendre les transports publics en jouant à la pomme parce qu’on est des vraies suissesses
2. & 3. On fait des visites de la ville d’où on vient (Neuchâtel)
4. Et on fait des apérojacuzzi en Valais

Et quand on a fait le tour, on prend le bateau et on part de l’autre côté du lac à Evian pour un petit séjour dans un bel hôtel.

Les parcs étaient superbes, la piscine chauffée aussi, la vue aussi, le petit coin bar aussi.

Je serais bien restée vivre là-bas pour toute la vie.

Bien mangé, bien bu des cocktails, bien rigolé, un bel été ♡

Demain, retour à l'(a)normal

Oh ce jeu de mots n’est pas de moi. Mais il est bien trouvé.

Je voulais juste écrire quelques lignes, sans trop réfléchir, sans trop relire. Demain, c’est le retour à un semblant de vie normale, les magasins et les restos qui rouvrent, les transports publics qui reprennent leur cadence habituelle. La distance sociale en plus.

Est-ce que ça me réjouit ? Je ne sais pas. Ce que je sais, c’est que j’ai aimé ces deux mois. J’ai aimé ce rythme de vie et ce ralentissement, cette sensation que le temps m’appartenait enfin. Je sais que j’ai de la chance, que j’ai un salaire garanti, que j’ai un appartement assez grand pour moi toute seule, que j’ai un balcon pour pouvoir prendre l’air. Ces soucis matériels n’en étant pas, ils m’ont permis de vivre cette période de manière très sereine. Loin de moi donc l’idée de romantiser cette situation alors que ce fut un enfer pour des gens qui se sont retrouvés sans ressources du jour au lendemain, que ce fut un enfer pour celles qui se sont retrouvées enfermées avec un conjoint violent, que ce fut difficile pour des mères (et des pères) qui ont dû faire l’école aux enfants et télétravailler en même temps, que ce fut compliqué pour plein d’autres raisons pour plein d’autres personnes. Mais juste l’occasion d’en tirer un constat sur d’autres plans.

Durant ces deux mois, j’ai été malade presque un mois durant lequel je n’ai pas pu sortir de chez moi. Quelques semaines après avoir guéri, j’ai eu une deuxième vague de symptômes du coronavirus, cette fois-ci beaucoup plus forts et touchant les organes les uns après les autres, comme beaucoup d’autres personnes dont on commence à entendre les témoignages. Je me suis sentie seule, j’ai eu peur. Moi qui suis rarement malade ni particulièrement anxieuse au niveau des maladies, à un certain point, je me suis quand même demandé si j’allais mourir d’une crise cardiaque. Ce qui est difficile avec ce virus, c’est que personne ne peut venir nous aider. On est obligé de rester tout.e seul.e à la maison. On nous livre les courses, de la nourriture, mais personne ne peut rien faire d’autre. Et les médecins ne savent pas ce qu’il nous arrive.

Mis à part ces moments difficiles, ce quotidien en solitaire n’a pas beaucoup changé de ma vie habituelle. Le monde a vécu, pour une fois, la vie que vivent les introverti.e.s depuis longtemps. Je crois que dans une société où être avec des gens en permanence et faire mille activités sont des aspects ultra valorisés, il faut aussi faire de la place pour une autre existence possible, sans pour autant la pathologiser ou la prendre en pitié. Oui, on peut aimer vivre seul.e, passer des week-ends entiers seul.e, être juste avec soi-même et passer du bon temps. Sans pour autant avoir un quelconque problème ou être dépressif.ve. Les personnes qui aiment être seules, qui vivent leur meilleure vie juste avec un livre, un thé et des cookies, vont autant bien que celles qui aiment voir des gens tout le temps et qui aiment être toujours occupées. Nous avons juste des besoins différents. Cela ne veut pas dire non plus que je n’aime pas voir des gens ; je me réjouis énormément de revoir mes amies et ma famille.

Ces deux mois où ma vie n’a pas beaucoup changé de ma vie d’avant m’ont apportés plein de choses positives : dormir suffisamment et ne plus mettre de réveil, faire des trucs non productifs sans me sentir coupable de « perdre » mon temps comme jouer 4h de suite à un jeu vidéo ou binge-watcher la saison 4 de Casa de Papel jusqu’à 5h du matin sans m’inquiéter d’être fatiguée le lendemain, organiser mes journées comme je le veux, avoir le temps de faire une balade, du yoga, lire tout un après-midi, dessiner, écouter des podcasts et des livres audio. J’ai même commencé à jouer du piano à l’aide de tutoriels sur YouTube (j’avais un piano à la cave offert par mon papa, je me suis dit que c’était le moment idéal pour m’y mettre).

Ce monde où nous devons toujours travailler pour gagner de l’argent me paraît, encore plus que d’habitude, vain et insensé. Je n’ai jamais travaillé à temps plein et je ne le ferai jamais. Je préfère avoir peu d’argent mais beaucoup de temps. Et c’est comme si c’était tabou de dire ce genre de choses. Il y a une phrase de Fight Club que j’aime bien : « Nous achetons des choses dont nous n’avons pas besoin avec de l’argent que nous n’avons pas pour impressionner des gens que nous n’aimons pas ». J’achète peu de choses depuis quelques années mais ce confinement m’a encore plus montré à quel point nous avons finalement besoin de très peu pour vivre super bien.

Je crois que ce ralentissement a participé à faire réfléchir les gens. Je lis sur les réseaux que beaucoup ont aimé ces deux mois suspendus, où la course contre la montre s’est enfin arrêtée, où l’on avait le temps de vivre. Je pense que cela entraînera des changements chez beaucoup d’entre nous. Des remises en question intéressantes, des nouvelles envies, de nouvelles ambitions, de nouveaux aménagements du quotidien.

Je connais des personnes qui ont très mal vécu cette période. Qui ont dit que c’était une année de perdue, que c’était horrible. Je les comprends aussi. Il est vrai que beaucoup de choses chouettes ont été annulées. Des fêtes, des festivals, des vacances, des mariages. J’avais lu que ceux qui s’adaptent plus facilement aux changements sont ceux qui vivent plus heureux. J’ai été triste que tous ces évènements soient annulés. Mais on ne pourra rien y changer. C’est comme ça. Autant passer à autre chose et se réjouir de pouvoir les faire l’année prochaine. Autant essayer de trouver du positif dans cette situation. De toute façon on ne peut rien faire d’autre.

Même si le télétravail va se poursuivre pour moi encore quelques semaines, je redoute un peu le retour à la normale. Revoir des gens tous les jours, retourner au bureau, retrouver ce rythme où l’on court après le temps, où l’on se sent coupable lorsqu’on ne rentabilise pas comme il le faudrait nos heures libres. Je ne sais pas si j’ai vraiment envie de retrouver tout ça.

Cette vie au calme était une véritable oasis de tranquillité. Je ne me suis pas ennuyée une seule minute depuis le 13 mars, mes journées ont même rarement passé aussi vite. Je crois qu’il est important de dire ces choses, ces ressentis, de les partager. Parce que je sais que plein de personnes sont aussi inquiètes de retourner à cette vie d’avant, que plein de personnes ont aimé ce ralentissement, et que ce sont des sentiments qu’on ne se sent pas toujours en droit d’exprimer ni de ressentir, par honte et par gêne, et parce que c’est à mille lieues de ce que la société nous dicte.

Cet article est là pour ça. On a le droit de penser ainsi, tout comme on a le droit de penser le contraire, et c’est ok pour tout le monde. Bon courage à tout.es celles et ceux qui regretteront ces deux mois et qui sont anxieux.ses de ce retour à l'(a)normal. ♥