Culture du viol : Patrick Bruel, Besson, Polanski, Ronaldo, Neymar et les autres

Avertissement : cet article aborde des sujets tels que le viol et les agressions sexuelles et peut être difficile à lire.

Lorsque j’ai commencé la rédaction de cet article il y a plus d’un mois, je voulais écrire un petit texte pour revenir sur les accusations de viol ou d’agressions sexuelles à l’encontre de personnalités comme Patrick Bruel, Luc Besson, Polanski, Neymar, Ronaldo et bien d’autres. Je souhaitais parler du traitement toujours un peu similaire réservé à ces affaires, que ce soit dans les médias ou simplement entre individus, entre nous, lors d’un dîner, au café du coin ou sur les réseaux sociaux. Au fil de l’écriture, j’ai compris qu’il était nécessaire de définir ce concept appelé la culture du viol de manière détaillée – car il n’est pas connu de toutes et tous – pour que l’on puisse comprendre les mécanismes à l’œuvre dans la totalité de ces affaires. En 2019, je crois qu’il est important que nous réfléchissions collectivement au traitement que nous leur réservons. C’est une démarche nécessaire et impérative afin que l’on cesse de perpétuer cette culture du viol qui décrédibilise la parole des victimes et défend les agresseurs.

La culture du viol, mais qu’est-ce donc ? La culture du viol, c’est un ensemble de comportements et de présupposés qui, tous ensemble, participent à donner une fausse définition de ce qu’est un viol, à le légitimer, à rendre les victimes responsables de l’acte qu’elles ont subi (manière dont elles étaient habillées, si elles étaient ivres, à quelle heure elles étaient dans la rue) et à dédouaner les agresseurs (pulsions masculines incontrôlables, impossibilité de connaître le consentement de l’autre, ivresse (pour les femmes c’est une circonstance à leur charge, pour les hommes à leur décharge #intéressant). Ces présupposés et préjugés sont renforcés chez chacun.e d’entre nous par les médias qui présentent généralement ces affaires sous un angle favorable pour l’agresseur (voir ce tweet qui décortique ce mécanisme à la perfection).

L’une des spécificités de la culture du viol est la suivante : nous avons toutes et tous, dans nos têtes, le profil type du violeur. Un homme louche qui rôde la nuit à la recherche de sa prochaine victime. Le problème, c’est que les statistiques nous montrent l’inverse : la majorité des femmes qui ont été violées l’ont été par leur conjoint, leur ex petit-ami, un membre de leur famille ou quelqu’un de leur entourage. Dans 90% des cas, la victime connaît son agresseur. Nous nous accordons toutes et tous sur le fait de qualifier un violeur de monstre.. jusqu’à ce que l’on constate que c’est un homme qu’on connaît et qu’on pensait bien sous tout rapport. Alors là, subitement, on n’est plus d’accord, on s’offusque, on se révolte. Mais il faudra qu’on s’y fasse : les violeurs sont des hommes normaux et nous en connaissons toutes et tous. Il est intéressant de constater qu’en tant que femmes, nous connaissons toutes, dans nos entourages, une ou plusieurs femmes qui ont été violées ou qui ont subi des agressions sexuelles. Demandez à vos amis masculins. Ils vous diront qu’ils ne connaissent aucun violeur ni agresseur sexuel. C’est étonnant non ? Où se cachent-ils ?

A cause de ces présupposés, nous avons donc toutes et tous des difficultés à reconnaître et identifier clairement ce qu’est un viol. Non, ce n’est pas uniquement une agression violente en pleine rue où la victime se débat en hurlant (c’est même d’ailleurs très rarement le cas au vu des statistiques). Un viol, c’est quand un mec insiste plusieurs fois alors que tu as dit non et que pour finir, tu cèdes pour avoir la paix, un viol, c’est quand un mec commence un rapport sexuel avec toi alors que tu es endormie ou tellement ivre que tu ne peux plus dire non, un viol, c’est quand on te force à faire quelque chose alors que tu n’en as pas envie, un viol, c’est aussi quand tu n’as pas dit non mais que tu n’as rien osé dire parce que tu étais tétanisée. (C’est d’ailleurs un comportement que l’on retrouve régulièrement chez les victimes d’agression sexuelle : elles ont été comme bloquées, figées, dans un état de sidération.) Lorsque cela se passe au sein d’un couple, on parle de viol conjugal. Je sais à quel point il est difficile de constater tout ça, de réaliser à quel point la définition d’un viol ne coïncide pas avec la définition qu’on nous en a toujours faite.

Quand on parle de culture du viol, on parle de consentement. Comment donne-t-on son consentement ? Comment s’assurer que la personne en face est consentante ? Et bien c’est quelque chose sur lequel il nous faut tous et toutes travailler. Ce n’est pas difficile de demander à l’autre, avant un rapport, pendant le rapport, « est-ce que tu en as vraiment envie ? Tu es sûr.e ? ». Ça ne gâche en rien le moment et ça apporte même un climat très bienveillant et respectueux où les partenaires se sentent à l’aise, écoutés et respectés. Je crois que nous avons toutes et tous à y gagner. Y a-t-il meilleure sexualité que lorsque les deux partenaires sont sur la même longueur d’ondes et respectent les envies et désirs de chacun.e ?

J’espère qu’aujourd’hui, les petits garçons et les petites filles sont élevé.e.s un peu différemment que ce que nous l’étions jusqu’à présent. J’espère que l’on apprend davantage aux garçons à respecter la parole des filles et à les écouter, j’espère qu’on apprend davantage aux filles à s’affirmer et à oser dire non, j’espère qu’on leur apprend que leur non envie d’un rapport sexuel pèse davantage dans la balance que le désir du mec en face et j’espère qu’on apprend enfin aux garçons qu’avoir des relations sexuelles avec autrui n’est pas un dû. Les enfants des années 90 (et je ne parle même pas de ceux nés avant) ont grandi avec les dessins animés de Walt Disney où un prince embrasse une princesse qui dort (où est le consentement là-dedans ?), avec des films dans lesquels on voit régulièrement un homme essayer d’embrasser une femme, elle le repousse, il insiste, et finalement elle cède et ça se termine en apothéose (illusion que les hommes doivent « un peu forcer » pour que les femmes acceptent), avec des livres de littérature à l’école dans lesquels des scènes de viol nous sont présentées comme des scènes d’amour (notamment dans les Liaisons dangereuses dont je vous invite à lire les extraits ici et ici) et avec des publicités partout et tout le temps où l’on voit des femmes à moitié nues qui participent à nous représenter comme des objets décoratifs ou sexuels, sur terre pour être à disposition de ces messieurs.

Cette culture du viol amène ainsi à des statistiques horripilantes : seules 10% des victimes portent plainte. 90% de ces plaintes sont classées sans suite. Moins de 5% des cas aboutissent à une condamnation. Pourquoi ? Pour faute de preuves, pour manque de clarté, parce que la victime n’a pas assez montré qu’elle était dévastée (c’est aussi une des caractéristiques de la culture du viol : la personne doit être dévastée. Elle n’a pas le droit d’avoir mal vécu le moment sans en être détruite pour toute la vie), parce que la victime était ivre, ou encore parce que la police n’a tout simplement pas accepté d’enregistrer la plainte (les policier.e.s posent d’ailleurs très souvent la question de l’habillement et jugent la plainte recevable en fonction de l’état dans lequel se trouve la personne au moment de porter plainte – si elle a l’air suffisamment dévastée ou non). Je lis tous les jours sur Twitter des témoignages de femmes qui racontent ces horreurs, je n’invente rien. C’est bel et bien la réalité. Les hommes qui agressent les femmes bénéficient d’une impunité quasi totale. Ils violent ou frappent parce qu’ils savent qu’ils peuvent le faire et qu’ils ne risqueront quasiment rien. On me rétorque parfois qu’on ne peut pas condamner par manque de preuves. Je ne suis pas d’accord. Notre système judiciaire actuel n’est pas adapté aux violences sexuelles, les professionnel.le.s ne sont pas formé.e.s adéquatement pour recevoir les dépôts de plainte. Une victime qui décide de porter plainte s’engage dans un chemin long et difficile ou sa parole sera systématiquement remise en cause à tous les échelons et son affaire ne sera jugée au tribunal que dans moins de 10% des cas.

Voici un exemple pour illustrer cette remise en cause systématique de la parole des victimes de viols. Si je vous dis qu’on m’a volé mon téléphone, vous allez directement me croire sur parole. Si je vous dis que j’ai été violée, dans votre tête, vous allez avoir tout un flot de pensées telles que Ah mais comment ça se fait ? Est-ce qu’elle invente ? Se promener seule à minuit dans la rue aussi.. Comment était-elle habillée ? Est-ce qu’elle raconte ça pour avoir de l’attention ? Est-ce qu’elle exagère ? Autre situation : Votre grand-père vous raconte qu’on lui a volé son porte-monnaie hier soir. Allez-vous avoir ce même type de pensées ? Pourquoi était-il dans la rue à cette heure-là ? Tout seul en plus.. Est-ce qu’il ne l’a pas un peu cherché quand même ? Deux situations identiques, deux personnes se font agresser dans la rue, mais des réactions extérieures totalement différentes. Dans le cas d’un viol ou d’une agression sexuelle, on fait porter la responsabilité sur les femmes, rarement sur celles des agresseurs. Pourquoi prévient-on toujours les jeunes filles et les femmes de faire attention dans la rue la nuit alors qu’on ne demande jamais aux jeunes hommes et aux garçons de ne pas violer et de ne pas agresser les personnes de l’autre sexe ? J’ai moi aussi eu tous ces réflexes et toutes ces pensées lorsque j’entendais des témoignages d’agressions sexuelles. Pourquoi pense-t-on ainsi ? Parce que nous avons été élevé.es dans un système patriarcal et dans une culture misogyne. Ce sont donc des choses que nous apprenons et intégrons depuis notre enfance sans nous en rendre compte. Cela prend du temps de déconstruire ces schémas mais nous pouvons toutes et tous y arriver en y réfléchissant.

Pourquoi seules 10% des victimes portent plainte ?

– Parce qu’elles savent que cela ne sert à rien
– Parce que ce sont elles qui ont honte (personne n’a envie de se positionner en tant que victime, sans parler du regard des autres sur soi qui peut changer par la même occasion)
– Parce que ce sont elles qui se sentent coupables (une femme n’est JAMAIS responsable des violences qu’elle subit, c’est TOUJOURS et UNIQUEMENT la faute de l’agresseur)
– Parce qu’après une agression, elles n’ont pas envie de devoir se justifier sur tout auprès de dizaines de personnes sur le long chemin qui ira jusqu’au procès (si la procédure arrive jusque-là)
– Parce que le viol a eu lieu au sein du couple et qu’elles se disent qu’elles ne peuvent pas porter plainte, puisque c’est leur mari / leur copain, et que cela ne colle pas avec la « vraie » définition d’un viol
– Parce qu’un viol n’entraîne pas toujours un état de dévastation ni un traumatisme
– Parce qu’il y a des personnes qui ne ressentent ni l’envie, ni le besoin de porter plainte, et c’est aussi leur droit.

Je fais ce long détour afin de poser le contexte général dans lequel nous évoluons et qui me paraît nécessaire avant d’aborder le sujet dont je voulais initialement parler, à savoir les plaintes à l’encontre de nos chers Patrick Bruel, Roman Polanski, Luc Besson, Neymar, Ronaldo et les autres. On l’a vu ci-dessus, porter plainte pour viol ou agression sexuelle contre un mec lambda est un parcours de la combattante qui n’aboutit quasiment jamais à une condamnation. Dans ce contexte, peut-on s’asseoir deux secondes et imaginer à quel point porter plainte contre une célébrité, une star, un mec hyper puissant, est alors quasiment impossible ?

Des dizaines et des dizaines de préjugés et présupposés sont à l’œuvre dans notre bonne vieille culture du viol qui rendent les plaintes à l’encontre de ces hommes « puissants » totalement inaudibles :

  1. Les femmes portent plainte contre ces hommes pour de l’argent
  2. Les femmes accusent ces hommes pour être connues ou pour rechercher de l’attention
  3. Ces hommes sont si riches, connus et beaux qu’ils n’ont pas besoin d’agresser des femmes pour avoir des relations sexuelles (toutes les femmes rêveraient d’avoir des relations avec eux)
  4. C’est quand même mal fait pour ces hommes dont la vie sera détruite

Maintenant, j’aimerais qu’on reprenne un peu nos esprits et qu’on réfléchisse aux idioties que je viens d’énumérer et qu’on entend partout, pour analyser tout ça sous un nouveau jour en gardant en tête cette notion de culture du viol et ses implications :

1. En France, en Suisse et en Europe, on ne touche pas d’argent après un procès, ou tout du moins si peu que c’est totalement illusoire de croire que des femmes vont s’infliger toute une procédure pour recevoir 500 francs. En plus, comme on l’a vu plus haut, plus de 90% des plaintes sont classées sans suite. Il n’y a même pas de procès. Croyez-vous que ce soit différent quand c’est des célébrités ? C’est même encore pire ! La plupart des hommes connus qui ont été accusé n’ont fait ni ne feront l’objet d’un procès ou d’une condamnation, les plaintes sont classées sans suite. C’est exactement ce qu’il s’est passé pour Neymar, Depardieu, Strauss-Kahn. Je parie que ce sera exactement la même chose pour Bruel. Si on devenait millionnaire après avoir porté plainte pour viol, cela se saurait.

Alors oui, certaines femmes acceptent des arrangements financiers avec leur agresseur en échange de leur silence. Là encore, on trouve quelque chose à leur reprocher. Je ne comprends pas trop pourquoi. Quel mal y a-t-il à accepter de l’argent ? C’est une compensation comme une autre, sans avoir à rendre l’affaire publique, sans avoir à se présenter comme victime aux yeux de tou.te.s. Ça ne résoudra pas l’agression, ça ne guérira pas les plaies, mais c’est toujours mieux que rien.

2. Dites-moi quelles sont ces femmes qui ont subitement été propulsées sous les feux des projecteurs après avoir porté plainte pour viol ou agression sexuelle à l’encontre d’une personnalité ? Au contraire, c’est exactement l’inverse qui se produit. A titre d’exemple, Amber Heard, qui a porté plainte contre Johnny Deep, a perdu la plupart de ses contrats suite à cette affaire. Quant aux femmes moins connues, elles perdent leur emploi dans la quasi totalité des cas où l’agression a eu lieu sur leur lieu de travail. En plus, je crois qu’il est quand même nécessaire de relever le fait indéniable que ces femmes s’attirent cent fois plus de critiques que d’attention positive. Je me suis infligée la lecture de dizaines de commentaires sous les publications de Patrick Bruel après qu’il ait été accusé d’agression de la part de plusieurs femmes. C’était horrible. Elles étaient traitées de tous les noms. Pour remettre les éléments dans l’ordre : elles ont été victimes d’une agression sexuelle, elles ont trouvé le courage de parler, elles se sont faites insulter, Patrick Bruel a reçu des tonnes de louanges et de soutiens. Tout cela par des gens qui n’étaient ni dans la pièce où cela s’est produit, ni par des gens qui ont déjà côtoyé Patrick Bruel dans la vraie vie. Dans quel monde vit-on ?

Cela illustre parfaitement ce que je disais plus haut, nous nous accordons toutes et tous sur la monstruosité du violeur jusqu’à ce qu’on découvre que c’est un mec comme un autre. Jusqu’à ce qu’on découvre que c’est Patrick Bruel qu’on écoute depuis 30 ans, que c’est Roman Polanski dont on a adoré tous les films, que c’est Ronaldo qui est si talentueux et qui a l’air si gentil. Oui, ça m’a énormément déçue quand j’ai appris les agissements de Patrick Bruel. Je l’écoute depuis que je suis née, je connais toutes les chansons de ses premiers albums par cœur, c’est le tout premier concert auquel je suis allée en 1994. Je m’étais fait une toute autre idée de lui, comme la plupart des gens qui l’écoutent. Mais nous ne pouvons pas excuser ces célébrités parce que les faits qui sont révélés ne coïncident plus avec la belle façade lisse qu’ils nous ont présentée. Quand je vivais à Paris, j’ai vu des gens connus qui étaient mariés être infidèles, j’ai vu des hommes de 50 ans avoir des comportements déplacés envers des jeunes filles de 20 ans. C’est ça la réalité, c’est ça l’envers du décor. Ils peuvent faire les beaux à la télé, dire qu’ils sont des hommes respectables et fidèles. Il n’empêche que lorsqu’on les croise dans des soirées, ils sont nettement moins glamour qu’en interview.

Je ne peux ainsi que croire les femmes qui accusent Patrick Bruel, Roman Polanski, Luc Besson, Neymar et Ronaldo. Parce qu’elles n’ont rien à y gagner et plutôt tout à y perdre. Alors au lieu de les accuser de menteuses et de vénales, nous ferions mieux de les remercier et de les féliciter pour leur courage, car c’est grâce à elles que d’autres trouveront la force pour sortir du silence.

3. Certes, je pense qu’on peut compter par milliers les femmes qui ne seraient pas contre (et même franchement pour) le fait d’avoir une relation sexuelle avec Patrick Bruel, Ronaldo ou Neymar. Or, ce n’est pas ça le problème. Le problème, c’est le consentement. Le problème, c’est que ces hommes sont si puissants qu’ils ne s’inquiètent même plus du consentement de leur partenaire ou de la personne en face d’eux. Ils pensent que tout leur est permis et, malheureusement, la société leur donne raison. On peut les accuser de viol ou d’agressions, des centaines de supporters et de fans voleront à leur secours pour les plaindre et les défendre. C’est exactement ce qu’il se passe dans la totalité de ces affaires.

Alors oui, plein de femmes sont très motivées à avoir une relation sexuelle avec ces messieurs. Mais nous parlons là d’une relation sexuelle, et non pas d’un viol. Un viol, ce n’est pas du sexe. Si on reçoit un coup de pelle, on n’appelle pas ça du jardinage. Dans les cas de Neymar et Ronaldo, les femmes qui les accusent souhaitaient avoir une relation sexuelle avec eux, elles ne souhaitaient pas être violées. Et c’est là toute la différence. Car, breaking news, on peut avoir envie d’une relation sexuelle, être totalement déshabillé.es, avoir commencé les préliminaires, et changer d’avis parce que tout à coup, on ne se sent plus à l’aise, ou parce que, tout à coup, on voit que cela se transforme en agression. Qui a dit que c’était interdit ? Comme je sais qu’on a toutes et tous du mal avec le fait de considérer comme légitime le droit d’arrêter au milieu de l’acte, je rappelle juste la vidéo sur le consentement illustré avec une tasse de thé que je vous encourage vivement à regarder. Une personne invite une autre à boire un thé à la maison (= une relation sexuelle). Les individus arrivent au domicile, on prépare le thé, on sert le thé, puis l’une des deux n’a subitement plus envie de boire ce thé. Est-ce qu’on va lui renverser le thé sur la tête ? Est-ce qu’on va la forcer à boire le thé, parce que quand même, elle avait accepté de venir boire le thé, on a préparé le thé, et finalement elle ne veut plus de thé ? On comprend les choses différemment quand on utilise un autre exemple, n’est-ce pas ?

Pour en revenir à nos violeurs, c’est ce qu’il s’est passé avec Neymar par exemple. Il a échangé des messages à caractère sexuel avec une femme. Ils se sont rencontrés dans le but d’avoir une relation sexuelle. Sauf que, comme je le disais plus haut, ce qui devait être une relation sexuelle s’est transformé en viol. Elle raconte ce qu’il s’est passé : « Il était agressif, totalement différent du garçon que j’avais connu dans nos messages. Comme j’avais très envie d’être avec lui, j’ai dit OK, je vais essayer de gérer ça. Nous avons commencé à nous caresser, à nous embrasser. Jusque-là, tout allait bien. Il a commencé à me frapper et les premières fois j’ai dit OK, tout va bien. Après, il a commencé à me faire très mal, je lui ai demandé d’arrêter parce que ça me faisait souffrir. Il m’a dit : Excuse-moi, ma jolie. J’ai demandé s’il avait apporté des préservatifs, il a dit que non, et moi j’ai dit que rien ne se passerait. Il m’a retournée et a commis l’acte, et, pendant qu’il commettait l’acte, il a continué de me frapper violemment sur le derrière. Ça a été très rapide ». Il s’est défendu en montrant les messages qu’ils avaient échangés avant cette rencontre, pour bien prouver à tout le monde qu’elle était d’accord. Or, on voit bien que là n’est pas le problème.

Je ne comprends pas comment on peut rejeter la faute sur elle alors que c’est lui l’agresseur. On ne peut pas blâmer les femmes d’accepter de tels rendez-vous. Arrêtons avec cette habitude de blâmer les victimes et de leur faire porter la responsabilité de ce qui leur est arrivé. Neymar est le seul et unique fautif dans cette affaire. C’est lui qui a décidé de ne pas respecter ce qui avait été convenu, c’est lui qui a décidé de violer plutôt qu’avoir une relation sexuelle. Point final.

Malheureusement, dans notre société, tout va dans le sens de ces agresseurs, tout concourt à les dédouaner et à les excuser. Les couvertures médiatiques de ces affaires sont désastreuses. Luc Besson a eu droit à plus d’une heure d’interview sur BFM TV pour donner sa version des faits. On n’entend qu’eux, on n’entend que la proclamation de leur innocence. Ils disent tous que ce sont des mensonges, ils disent tous que ce n’est pas vrai, ils disent tous qu’on les connaît bien, qu’ils ne sont pas comme ça, ils insistent tous sur le respect qu’ils ont pour les femmes. Et ça, c’est encore dans le « meilleur » des cas, parce que certains poussent le bouchon jusqu’à porter plainte contre leur victime pour diffamation. Aucun d’eux ne regarde la réalité en face, aucun d’eux ne se remet en question, interroge son comportement, réfléchit à ce qu’il a fait. Et la société entière les aide là-dedans en les soutenant et en donnant du crédit à leur parole. Il est temps qu’on arrête avec ces mécanismes.

4. Il paraît que la vie des hommes accusés de viol est finie, qu’ils sont mis au ban de la société. J’aimerais bien que l’on me montre à quel point les vies de Bruel, Besson, Neymar et les autres ont été détruites suite aux accusations dont ils ont été l’objet. Polanski, qui a violé et drogué une jeune fille de 13 ans (aujourd’hui, on compte dix plaintes de femmes affirmant avoir été agressées par Polanski lorsqu’elles étaient adolescentes), s’est vu proposer la présidence de la cérémonie des Césars en France en 2017 en plus d’être toujours encensé pour ses films, Woody Allen, qui est accusé de viol par sa fille, est toujours aussi adulé, Ronaldo, qui est accusé de viol par une femme aux USA, est la personne la plus suivie sur Instagram et l’un des joueurs les plus aimés de la planète, Ibrahim Maalouf, qui, lui, a été condamné pour agression sexuelle sur mineure, était à l’Olympia le mois dernier et en tournée partout ailleurs, Donald Trump, accusé de viol et d’agression sexuelle par plus de vingt femmes, est président des Etats-Unis. Pour un exemple plus près de chez nous, Yannick Buttet, le PDC valaisan qui passait ses soirées à harceler ses collègues de travail en plus d’harceler son ex-femme, est de retour dans l’armée suisse avec le droit de porter une arme. Je ne dis pas qu’on doit les exclure de la société et les traiter en paria, je dis seulement qu’il faut arrêter de crier sur tous les toits que ces pauvres hommes auront la vie détruite. Ce n’est pas vrai.

Arrêtons de remettre en cause la parole des victimes et de toutes ces femmes qui osent enfin parler. Il est temps de les écouter, il est temps d’ouvrir les yeux, il est temps de nous remettre tous et toutes en question. Time Is Up.

Pour aller plus loin :

Témoignage d’Adèle Haenel – elle aborde tout ce dont on parle dans cet article, à voir !
BD d’Emma sur la culture du violtrès court et instructif, à lire !
La série Unbelievable sur Netflix
Livre La culture du viol à la française, Valérie Rey-Robert
Podcast « Les vrais hommes ne violent pas » des Couilles sur la table
Violences à l’encontre des femmes, faits et chiffres par Amnesty
Les représentations du viol par IPSOS
Les statistiques en Suisse
Plainte pour viol, un parcours éprouvant

Highlands | Glencoe & Glenfinnan

On se retrouve aujourd’hui pour la suite de mon voyage en Écosse où j’ai passé une semaine à la fin du mois de mai. Le premier volet se trouve ici ; vous y trouverez le récit de mes premières excursions ainsi que les raisons qui m’ont motivées à voyager seule. Dans cet article, nous partons pour la vallée de Glencoe (superbement immense), Glenfinnan (pour voir le Jacobite Train) et nous terminerons au Glencoe Lochan, un petit coin de paradis au milieu de la forêt.

J’avais lu beaucoup de bien concernant Glencoe et les Three Sisters et je voulais vraiment m’y rendre. Le seul bémol, c’était le trajet : seulement 80 miles (environ 128km) mais plus de deux heures de voiture pour y arriver depuis ma petite lodge située à Beauly. En effet, dans les Highlands, la circulation se fait soit sur une route composée d’une voie dans chaque sens, soit sur une voie unique, où l’on croise à intervalle régulier grâce à des passing places (des retranchements de chaque côté de la route tous les 50-100 mètres pour s’y glisser le temps de croiser avec les voitures venant en sens inverse). J’ai donc sélectionné plusieurs activités qu’on pouvait faire à Glencoe et je suis partie aux aurores pour cette grande journée.

GLENFINNAN
Jacobite Train & Viaduc de Glenfinnan

Après plus de 2h de voiture, j’arrive au Viaduc de Glenfinnan afin de voir passer le Jacobite Train rendu célèbre par les films d’Harry Potter. Le spectacle est magnifique ! Le paysage au loin est brumeux, la locomotive fait tchou-tchou et elle émet une belle fumée blanche. C’est vraiment féerique. Les passagers à l’intérieur nous font coucou depuis les fenêtres et nous leur rendons leur coucou depuis notre colline. (Contrairement à ce qu’on pourrait croire sur les photos, je n’étais pas toute seule sur ma montagne à regarder le train. A mes côtés, une cinquantaine de touristes vêtus de k-way jaune, bleu et vert haha).

Une fois le train passé, je me promène dans les alentours et j’en profite pour observer ce viaduc sous d’autres angles. Cette construction au milieu de la nature est vraiment impressionnante et on se sent tout.e petit.e en étant au-dessous !

Si cela vous dit d’y aller, sachez que le train passe aux environs de 10h45 tous les matins (horaires ici). Il y a une petite marche de 10/15 minutes pour se rendre à l’endroit d’où sont prises les photos. Deux parkings sont disponibles sur place (le premier est payant, le deuxième est gratuit mais très petit). Il n’y avait plus de place nulle part quand je suis arrivée alors je me suis garée dans l’herbe en m’engageant sur la rue à gauche de la route.

GLENCOE
Three Sisters – Lost Valley – Glencoe Lochan

Après cette première visite à Glenfinnan, je reprends la route en direction de Glencoe où j’ai trois activités prévues : voir les Three Sisters, trois belles montagnes les unes à côté des autres, faire une randonnée dans la Lost Valley (dont le chemin se situe entre deux desdites montagnes) et trouver une petite maison isolée toute mignonne.

♥ Three Sisters

Je ne sais trop comment décrire ce que l’on ressent quand on arrive à Glencoe. C’est une vallée immense avec une route qui la traverse en son milieu, on a l’impression de faire 3cm de hauteur à côté de toute cette immensité. J’avais la bouche ouverte, les yeux écarquillés et je répétais wahou au fur et à mesure que j’avançais. Le temps était couvert et les nuages qui se promenaient sur les sommets des montagnes conféraient au paysage une ambiance assez magique.

♥ Lost Valley

Devant les Three Sisters se trouve un petit parking qui est le lieu de départ de la randonnée pour la Lost Valley. Il n’y avait pas vraiment d’indication mais j’avais lu qu’il fallait descendre à partir de la gauche. C’est ce que j’ai fait et j’ai suivi le chemin (et les gens). C’était la bonne route.

J’ai donc commencé cette petite randonnée de 4 kilomètres. Sur le guide, ils estimaient la durée entre 3h et 5h. Je ne sais plus exactement combien de temps j’ai fait mais en marchant à un bon rythme on fait moins de 3h. Le sentier est sinueux et parfois difficile. Par exemple, il faut escalader un mur de pierres (une personne d’un groupe qui redescendait était coincée quand j’y suis passée, c’était très rigolo. Elle pleurait de rire et son pantalon était déchiré de partout, on aurait dit qu’elle avait traversé une zone de combat haha), passer dans des endroits très étroits où il vaut mieux éviter de tomber sinon on meurt ou encore traverser une rivière en trouvant des galets pour ne pas se tremper les pieds. J’ai trouvé cette marche très amusante et j’avais l’impression d’être une petite cabri qui sautait de caillou en caillou.

Arrivée en haut, je me suis assise sur un rocher pour manger une banane et me reposer un moment. Il faisait froid et il y avait du vent mais la montée m’avait bien réchauffée. J’ai repris le chemin de la descente pour retourner à ma voiture. Quelques mètres plus bas, j’ai croisé un couple au bord des nerfs, ils parlaient français alors je leur ai dit qu’ils étaient bientôt en haut. La femme m’a répondu en riant « ça fait 45 minutes qu’il me dit ça ! », on a rigolé et on a continué nos marches respectives. Ce fut un moment très sympa, autant à la montée qu’à la descente, car on échange quelques mots avec les autres randonneurs, on se donne des conseils par où passer, on s’encourage, il y a même deux personnes qui m’ont proposé de me tenir la main pour sauter du gros rocher dont je parle ci-dessus. Une très jolie expérience !

Pour terminer, je voulais vous partager quelques mots au sujet de la Lost Valley car son histoire est intéressante. En effet, ce sentier étroit qui mène à une prairie plate (voir photo 4 ci-dessous) est presque invisible depuis la vallée, on ne peut pas se douter qu’il y a un pâturage à cet endroit. Le clan des Macdonalds utilisait donc cet espace protégé, secret et difficile d’accès pour y faire paître leur bétail et éviter qu’on ne leur vole. Je me suis tout de même demandée durant toute la montée comment ils faisaient pour amener leurs animaux jusque là-haut !

La vue lorsqu’on redescend depuis la Lost Valley (le parking est en face au milieu)

♥ Glencoe Lochan

Après ma petite randonnée et quelques arrêts en route pour observer le paysage, j’étais un peu frigorifiée car la météo n’était pas au top ce jour-là. Il avait plu et il faisait assez froid. Sur le chemin du retour, j’ai donc longuement hésité à m’arrêter au Glencoe Lochan pour y faire la petite marche que j’avais prévue. Cela dit, j’en avais entendu beaucoup de bien et je me suis motivée à y aller.

Ce fut une superbe balade autour de ce lochan (petit loch, loch = lac ou étendue d’eau) construit par un baron, Donald Alexander Smith. En 1895, lui et son épouse, Isabella Sophia Hardisty, quittent le Canada et emménagent à Glencoe. Quelques mois plus tard, Isabella a le mal du pays. Donald fait alors planter des arbres et construit ce lac artificiel afin de recréer l’ambiance du Canada. Le résultat est merveilleux et c’est un lieu qui mérite vraiment que l’on s’y arrête.

Il y a trois balades possibles, j’ai choisi celle qui fait le tour du lac, toute simple et paisible. Les couleurs sont superbes et les vues sont belles de tous les côtés, avec différentes hauteurs de montagnes et d’arbres qui se reflètent dans l’eau. Il y a même tout plein de petits canards qui vivent leur meilleure vie dans ce joli décor.

Ce fut une parfaite dernière balade pour terminer cette journée riche en paysages incroyables. J’ai pris la route du retour au volant de ma petite voiture et j’ai parcouru les 80 miles jusqu’à Beauly où je me suis arrêtée au restaurant indien pour prendre un plat à l’emporter. J’ai terminé ma journée en mangeant devant un épisode de Sex and the City dans ma petite lodge chérie.

A bientôt pour la suite de mon voyage !

Retrouvez mon premier article de cette série consacré à Glen Affric & au Loch Ness.