Ce que vivent les femmes

Il y a quelques semaines, j’ai lu sur Twitter un message qui demandait aux femmes « Que feriez-vous si tous les hommes avaient un couvre-feu à 21h ? » En d’autres termes, que feriez-vous différemment si, à 21h, vous saviez qu’il n’y aurait plus d’hommes dans les rues ? J’ai lu les réponses durant de longues minutes et cela m’a frappée. Ma vie et la vie des femmes seraient complètement transformées.

Réfléchissez-y vous aussi. Comment vos habitudes changeraient si vous saviez qu’il n’y avait plus d’hommes à l’extérieur à partir de 21h ? Vous habilleriez-vous différemment ? Sortiriez-vous vous balader plus facilement dans la rue, lorsque la nuit est tombée ? Mettriez-vous plus facilement une robe, un short, une jupe pour aller en soirée ? N’auriez-vous pas l’esprit bien plus tranquille à l’extérieur ? Chacune y trouvera ses réponses et constatera dans quels sens sa vie serait différente.

Ce texte n’est pas un texte dans lequel je dis à quel point les hommes sont méchants et les femmes de pauvres êtres sans défense. Le but de cet article est de mettre en lumière la manière de fonctionner de notre société et les conséquences que cela implique pour tous les individus et en particulier pour les femmes. En lisant ces prochaines lignes, peut-être arriverez-vous à faire des liens avec votre propre vie et à réfléchir sur ces sujets.

Cet article parle de la manière dont vivent les femmes au quotidien. Je suis quasi certaine que l’immense majorité d’entre vous qui lirez cet article connaissent les situations et les habitudes que j’expose. Vous et moi, on les fait sans réfléchir, on les fait parce qu’on a grandi ainsi, on les fait parce que la société nous a forcé à développer ces mécanismes de protection. On les fait aussi parce qu’on nous montre sans cesse qu’être à l’extérieur est dangereux, que c’est un milieu hostile pour nous et que nous sommes finalement bien plus en sécurité à l’intérieur (alors que c’est complètement faux car la majorité des agressions, des viols et des meurtres sont commis par un proche, à la maison).

La société nous le signifie par plusieurs moyens et j’en retiendrais deux principaux : les hommes, qui nous montrent par leurs attitudes déplacées (regards soutenus, sifflements, approches verbales, sexisme ordinaire au travail, dans la rue, partout – on n’est jamais bien loin d’une petite remarque misogyne qui sort de nulle part) que l’extérieur leur appartient en nous faisant nous y sentir très inconfortables ; et les médias/la presse (un exemple au hasard : lorsqu’Alexia, cette femme surnommée la joggeuse, a été tuée par son mari, on a pu voir dans les journaux que c’était dangereux de courir pour les femmes, que l’on était pas en sécurité dans les parcs, qu’il fallait faire attention.. alors que cette femme, comme tant d’autres, avait été assassinée chez elle, par son mari) mais aussi les séries et les films qui mettent très souvent en scène des meurtres de femmes.

J’ai réalisé deux choses dernièrement : si je songe à ces divers mécanismes de protection que les femmes développent depuis l’enfance, est-ce que vraiment je trouve cela normal ? Pourquoi devons-nous prendre des précautions quotidiennement alors que les hommes vivent leurs vies tranquillement ? Juste parce que nous sommes des femmes ? Et que nous vivons dans ce type de société ? Et bien je ne suis pas d’accord, et cela me met très en colère.

Ensuite, j’ai compris que les hommes n’imaginent pas un instant la vie que mènent les femmes. Ils ne savent pas les stratégies qu’on met en place, ils ne savent pas ce que c’est que d’avoir peur d’être violée ou agressée en rentrant tard le soir, ils ne savent pas qu’on stresse entre la voiture et la porte de notre appartement quand on rentre à minuit en voiture, ils ne savent pas qu’on garde les clés dans la main pour l’utiliser comme arme, au cas où, ils ne s’organisent pas, en fin de soirée pour se dire « on s’écrit un message quand on est bien arrivés à la maison ! », ils ne savent pas ce que c’est de marcher dans la rue et d’être épiés, accostés ou insultés sans raison, ils ne savent pas ce que c’est que d’être traité de salope (il n’y a d’ailleurs pas d’équivalent masculin à ce terme – tout comme le mot pute) s’ils ont le malheur de coucher avec quelqu’un sans être en couple avec (combien de fois ai-je entendu des mecs raconter leurs exploits sexuels avec détails en public et s’en vanter. C’était accueilli avec rires gras et valorisation. Il est absolument impossible de faire ça pour une femme. Une simple question : Pourquoi ?).

Se rendre compte des implications de la société patriarcale dans les vies des femmes et des hommes est un effort intellectuel, il s’agit de remettre en question des choses que l’on apprend depuis que l’on est enfant, des choses que l’on prend pour acquises, des choses qui nous semblent naturelles. Jusqu’à dernièrement, je n’avais pas réalisé de manière consciente que j’avais peur la nuit, je n’avais pas réalisé que c’était un sentiment partagé par toutes les femmes autour de moi, je n’avais pas compris que c’est la manière dont fonctionne notre société qui nous oblige à vivre ainsi et que ce n’est pas quelque chose de naturel et d’inné. Je ne savais pas non plus que les hommes ignoraient complètement ce que vivent les femmes au quotidien.

J’espère que cet article vous aidera à mettre des mots sur ces habitudes que vous avez et qu’on ne questionne pas, et j’espère aussi que vous pourrez le faire lire à vos copains et hommes autour de vous. Qu’ils sachent. Parce que c’est en rendant les choses explicites qu’on peut les interroger et travailler tous ensemble pour améliorer nos conditions.

LE DILEMME DU CHOIX DE NOS TENUES VESTIMENTAIRES /
ÊTRE TOUJOURS RAMENÉE A NOTRE PHYSIQUE ET A NOS VÊTEMENTS

Le TEMPS que l’on passe à choisir nos vêtements, pour toutes les occasions, tous les jours ! Est-ce que ça me va ? Est-ce que ça ne me fait pas trop grosse, trop maigre ? Est-ce que c’est pas trop court, trop décolleté, trop sexy, trop large ? Est-ce que je mets une jupe ? Ou est-ce qu’on va me faire des réflexions ? Est-ce que je mets un pantalon ? Est-ce que je dois mettre des talons pour aller à cette soirée ?

Je pense que nous avons toutes en tête les avant soirées où l’on passe des heures à essayer douze tenues différentes sans parvenir à faire un choix. Où l’on se prend en photo pour envoyer à une copine et lui demander ce qu’elle en pense. Et bien voyez-vous, je ne crois pas que les femmes fassent cela pour le plaisir. Nous agissons ainsi car depuis l’enfance, on nous fait bien comprendre que nous serons jugées exclusivement sur notre apparence et sur notre capacité à avoir correctement intériorisé les standards de la beauté : être mince, rester et paraître jeune pour l’éternité, porter des habits qui mettent en valeur nos formes, ni trop serrés (c’est vulgaire), ni trop larges (elle se cache elle a sûrement un problème avec sa féminité), être maquillées, coiffées, épilées et si possible perchées sur des talons. Et les hommes là-dedans ?

Ils sont tellement moins embêtés sur ce sujet. Un costard pour le travail, les mariages et les évènements, un pantalon et un t-shirt, pull ou chemise pour le reste du temps. Ils ne se posent pas les questions que nous devons nous poser. Et ils n’ont pas à se les poser parce que personne ne va leur faire de réflexion sur leur tenue. Tout le monde s’en fout ! Est-ce que vous pensez que votre mec se prend en photo avant une soirée pour l’envoyer à son meilleur pote en lui demandant si ce polo n’est pas trop serré ? Dans un autre registre, pensez-vous qu’un homme se soit déjà dit, le matin devant sa penderie : « aujourd’hui je vais mettre une chemise plutôt qu’un t-shirt, je n’ai pas envie qu’on me lance des regards lourds et insistants ». Ça paraît complètement insensé, n’est-ce pas ? C’est bien souvent en inversant les rôles qu’on se rend compte à quel point c’est dingue.

Le jugement excessif sur les tenues et l’apparence des femmes s’illustre parfaitement dans la presse féminine qui ne parle quasiment que de ça. Mes parents avaient une librairie quand j’étais petite et j’ai grandi entourée de magazines people et de journaux type Cosmopolitan (je pense que je reviendrai un jour sur l’influence catastrophique de la presse féminine – Cosmo, Elle, etc – qui est, pour moi, l’un des pires ennemis des femmes). Ces torchons m’ont montré qu’il était normal de publier des photos d’actrices, de chanteuses, de femmes célèbres et de se moquer d’elles et essentiellement de leur physique. Montrer leurs vergetures, leur cellulite, leurs variations de poids, leurs visages pas maquillés, leurs cheveux décoiffés lorsqu’elles vont à la boulangerie le matin, leurs corps normaux l’été à la plage. Les jugements et les moqueries sur les corps des femmes se retrouvent à chaque page ! Et c’est chaque semaine la même merde, il suffit d’ouvrir un magazine people pour le constater (je me demande à quel point on est maso puisque la quasi totalité des lectrices de ces daubes sont des femmes !).

Comment, ensuite, ne pas intégrer que c’est totalement normal de se moquer du physique des femmes et de ne parler que de ça lorsqu’on les évoque ? Ces actrices, chanteuses et autres célébrités ne sont pas que des corps, elles ont des choses à dire, elles sont intelligentes, elles travaillent dur, elles sont puissantes, elles sont fortes, elles sont comme nous toutes. Ne parler que de leurs corps les rend muettes. Il faut être conscientes qu’en s’imprégnant des magazines people, on se tire une balle dans nos propres pieds. Parce qu’à s’amuser à se moquer d’autres femmes qui paraissent loin et célèbres, on finit par intérioriser ces critiques et à avoir le jugement facile. Après avoir fini de rigoler sur la cellulite de Jennifer Lopez, on va passer devant un miroir et constater que, oh mince, moi aussi j’en ai plein les cuisses ! Et la critique va se retourner contre soi-même.

Je suis persuadée que cela nous conduit non seulement à nous rendre mal dans notre peau mais aussi à nous moquer à notre tour du physique des autres. A regarder une autre femme et à se dire Wow t’as vu comme elle se néglige ? Wow, tu as vu elle a des poils sous les bras ! Wow, t’as vu comme elle est grosse, comme elle est maigre, comme elle a des cheveux blancs, comme cet habit ne lui va pas, etc, etc. On berce tellement dans un monde où il est totalement normal de se moquer des femmes qu’on finit toutes par avoir intégré ces codes et par faire exactement pareil. Il est temps d’arrêter les filles ! Mais c’est un travail à faire de façon consciente. Relevez chaque fois que vous avez un jugement qui vous vient lorsque vous regardez une autre femme. Dites-vous qu’il serait bien de s’entraider entre nous, d’être unies et solidaires, parce que personne d’autre ne va le faire à notre place.

Dernièrement, j’ai vu un épisode de Dix Pour Cent avec Juliette Binoche (S02E06) qui met en scène l’importance démesurée donnée aux tenues des actrices/chanteuses lors des cérémonies (Oscar, Grammy, etc). Lady Gaga l’a parfaitement illustré au gala Elle Women il y a quelques semaines et cela m’a vraiment fait prendre conscience de ce phénomène qui, là aussi, montre toute l’inégalité entre les hommes et les femmes. Quand les acteurs/chanteurs se contentent d’être en costume noir, les femmes sont devant un dilemme cornélien quant au choix de leur tenue car c’est la seule chose dont on parlera le lendemain. Il est fondamental de le constater car encore une fois, en ne parlant que de leurs vêtements, on oublie totalement les femmes qui les portent, pourquoi elles sont là et quels sont leurs messages.

Lady Gaga a fait un très beau discours ce soir-là, que vous pouvez lire en entier ici. Elle a dit « J’ai essayé plusieurs robes aujourd’hui pour me préparer à cet événement, des corsets bien serrés, des talons, des diamants, des plumes, des tissus perlés et les plus belles soies du monde. Pour être honnête, ça m’a rendu malade. Je me suis demandée : qu’est-ce que cela signifie vraiment d’être une femme à Hollywood ? Nous ne sommes pas seulement des objets destinés à divertir le monde. Nous sommes membres d’un concours de beauté géant transformé en combat entre les unes et les autres pour le bon plaisir du public. Nous, femmes d’Hollywood, avons des voix. Nous avons des pensées profondes, des idées, des croyances et des valeurs à propos du monde et nous avons le pouvoir de parler, d’être entendues et de nous battre en retour quand on veut nous faire taire. En tant que survivante d’agression sexuelle par quelqu’un de l’industrie du divertissement, en tant que femme qui n’a toujours pas le courage de dire son nom, en tant que femme souffrant de douleurs chroniques, en tant que femme conditionnée dès le plus jeune âge à écouter ce que les hommes me disent de faire, j’ai décidé aujourd’hui de reprendre le pouvoir. Aujourd’hui, je porte un pantalon ».

Pour aller plus loin :

– Livre « Beauté fatale » de Mona Chollet, je vous le recommande chaleureusement.

LE HARCÈLEMENT DE RUE

Cela doit probablement être davantage le cas dans les villes, mais être importunée dans l’espace public est le quotidien de toutes les femmes. Nous sommes interpellées, hélées, sifflées, insultées, alors que nous marchons simplement dans les rues. Il y a ces regards insistants qui nous font bien souvent baisser les yeux ou faire comme si on n’avait rien remarqué, ces hommes sur le bord d’un trottoir qui tournent la tête juste avant qu’on passe pour qu’ils puissent ensuite convenablement regarder notre cul, ces gars qui nous suivent, qui font des bruits avec leur bouche quand ils nous croisent, ces mecs qui viennent nous demander comment on s’appelle, où on va, comment on va, si, à tout hasard, on serait pas motiv pour les sucer.

Je me suis fait la réflexion cet été lorsqu’un vieux mec m’a fixé du regard sans aucune gêne (parce que mollets et avant-bras dénudés, voyez-vous, ça rend les hommes totalement incapables de se conduire en personne civilisée et éduquée) : ce n’est PAS NORMAL d’être dévisagée, ce n’est pas normal qu’un homme nous fixe ainsi quand on passe devant lui. Nous n’avons pas à baisser les yeux, ni à faire semblant de rien, c’est LUI qui devrait se sentir mal à l’aise, c’est LUI qui a un comportement déplacé. Et peu importe que l’on porte une jupe, un pantalon, une doudoune, un t-shirt multicolore ou une hélice qui tourne sur la tête. Cela dit, en les fixant en retour, le risque est malheureusement que ces imbéciles interprètent cela comme une porte ouverte. #fatigue.

Un soir, je rentrais en train de Bern après une soirée avec ma meilleure amie. J’écoutais justement un podcast consacré au harcèlement de rue quand, patatras, un mec bourré s’assied en face de moi pour me faire chier ( (il était vraiment tombé au bon moment ce tdc) . Il me demande « Comment tu t’appelles ? » J’enlève un écouteur, je lui réponds froidement « Non merci je n’ai pas envie de discuter avec toi ». Il répète « Comment tu t’appelles ? ». Apparemment ses deux uniques neurones ne sont pas connectés, je répète donc à mon tour « Je viens de te dire que je n’ai pas envie de discuter avec toi ». Il fait « ttt » avec un signe de la tête genre arrête de dire n’importe quoi et il répète pour la 3ème fois « Comment tu t’appelles ? » J’ai gentiment eu l’impression qu’il se foutait de ma gueule et j’ai donc pris ma voix mi-vener mi-autoritaire mi-je m’adresse à un demeuré qui manifestement ne comprend pas les sons qui sortent de ma bouche « Je t’ai dit trois fois que je n’avais pas envie de parler avec toi, est-ce que tu as compris ? Je n’ai pas envie de parler avec toi, maintenant laisse-moi tranquille ». Après trois répétitions, alléluia Jésus revient parmi les siens, son petit cerveau étriqué a finalement capté que j’étais un humain capable de dire non et que ce n’est pas parce que Monsieur avait décidé qu’il allait me parler qu’on allait forcément taper la discut’ et partir ensemble manger une fondue dans le wagon restaurant.

C’est une situation typique de harcèlement de rue, où seule la volonté du gars est prise en compte. En face, mon consentement et le respect de mon refus n’existent pas. Et c’est là toute la différence avec la drague. Le mec a envie de te parler alors il te parle. A aucun moment il se dit « attends, est-ce que je la dérange ? Est-ce que cet être humain en face de moi doté d’un cerveau et d’une capacité d’accepter ou de refuser une interaction a éventuellement aussi envie de faire ma connaissance ? ». Cette situation s’est terminée de la façon suivante : notre individu s’est endormi en face avec ses longues jambes bien dépliées jusque sous mon siège (manspreading hello !) avec ses pieds confortablement posés sur mes chaussures (j’étais en tailleur sur ma banquette et je les avais enlevées, elles lui servaient donc de confortable reposoir). Quand j’ai fini par le remarquer, j’ai poussé ses jambes et je lui ai dit « Tu peux t’enlever stp tu es sur mes chaussures ! » Il a fini par aller ailleurs et moi j’ai eu un peur peur jusqu’à sa sortie du train qu’il m’agresse depuis la banquette arrière (car oui, le simple fait de refuser d’interagir peut méchamment se retourner contre nous). C’est fou, dans toute cette situation, c’est exactement comme si j’étais invisible et inaudible.

Bien souvent, notre problème, c’est qu’on ne sait pas quoi faire, on n’ose pas dire non, on n’ose pas faire autre chose que ce que le mec en face demande. « Oh il me demande mon prénom, je suis obligée de lui dire ». Mais non. Il est important de savoir que l’on peut calmement lui signifier notre refus et le fait que l’on ne soit pas d’accord. Être sûre de soi, le regarder posément et lui dire non. Si nécessaire, répéter plusieurs fois, comme dans mon exemple ci-dessus. J’ai le sentiment que si on montre qu’on est effrayée, le mec va le sentir et continuer. (Je reviens là-dessus au point suivant car refuser est toujours à double tranchant).

Dire que l’on n’est pas d’accord, c’est malheureusement bien souvent ce que nous n’arrivons pas à faire. On est comme figées, on ne sait pas comment réagir et on se tait. C’est exactement pareil dans les situations de viol. Les femmes qui en sont victimes gardent bien souvent le silence pendant l’agression car elles sont tétanisées. Par la suite, cette non-réaction sera utilisée contre elles pendant le procès pour innocenter les violeurs. C’est pas hyper bien foutu tout ça quand même ? Les femmes sont toujours perdantes.

Ce que je trouve triste, c’est que ce état de fait existe, il a été prouvé par des dizaines et des dizaines d’études, toutes les femmes pourront vous dire, si vous leur demandez, qu’elles ont déjà été victimes d’un comportement déplacé. Pourtant, il n’y a pas d’actions mises en place. Il n’y a pas de campagne de sensibilisation, dans les écoles par exemple, où l’on apprendrait aux garçons que c’est interdit et aux filles à se défendre. Il n’y a pas non plus de grandes affiches dans les villes, financées par les pouvoirs publics, avec des phrases chocs qui explicitent de façon brève et percutante ce qu’est le harcèlement de rue et comment lutter contre. « Poursuivre une femme dans la rue est interdit », « Si une femme vous dit non, c’est non », « Silence ≠ consentement », « Draguer, c’est respecter le potentiel refus, continuer, c’est du harcèlement », « Si vous voyez une femme être dans une situation délicate, intervenez ! » (car dans la majorité des situations, personne n’intervient).

Il y aurait tellement de moyens d’agir là-dessus ! Mais c’est difficile car le harcèlement de rue est banalisé (si on n’y réfléchit pas, on ne réalise même pas que c’est un véritable problème. En tant que femmes, nous avons intégré que ça faisait partie de notre vie et que c’est comme ça – et du côté des hommes, ils ne savent pas ce qu’on vit), parce qu’on fait encore et toujours porter la responsabilité des « élans » masculins sur les femmes, parce qu’on est dans une société patriarcale gérée par les hommes pour les hommes et que bon, il y a quand même des sujets bien plus importants à régler avant, non ?

Pour donner des chiffres concrets, voici les résultats d’une enquête menée à Lausanne durant les mois de juin et juillet 2016 (soit hier et pas au Moyen-Âge) :

– 72% des femmes âgées de 16 à 25 ans interrogées ont rapporté avoir été confrontées à au moins un épisode de harcèlement de rue à Lausanne lors des 12 derniers mois.
– Pour 50% des victimes, les épisodes de harcèlement se sont produits au moins une fois par mois.
– Les manifestations du harcèlement de rue les plus souvent subies sont les sifflements.
– 63% des victimes ont dit avoir été insultées et 32% ont dit avoir subi des attouchements

Ces chiffres ne sont-ils pas totalement choquants ? Le rapport complet se trouve ici. Pour l’expérimenter en live, il suffit simplement d’être une femme et d’aller vous balader un samedi soir à Lausanne, seule ou avec vos copines.

Pour aller plus loin, je vous recommande la lecture très intéressante de ces articles :

Le harcèlement de rue, qu’est-ce que c’est ?
Le harcèlement de rue par la Ville de Lausanne
Où commence le harcèlement de rue ? (il y a notamment un tableau qui explique la différence entre drague, harcèlement et agression)
Femmes de la rue, reportage de Sofie Peeters qui montre très bien combien pèse le harcèlement de rue sur les femmes avec des scènes filmées en situation
Qui sont les harceleurs au travail ? Épisode de podcast qui présente une autre forme de harcèlement mais les mécanismes sont plus ou moins les mêmes et on peut les appliquer au harcèlement de rue

ÊTRE SOUVENT DANS UNE SITUATION IMPOSSIBLE

Si vous vous êtes déjà fait interpellée dans la rue, et je sais que c’est le cas car c’est arrivé à 100% des femmes, vous vous êtes probablement trouvée dans ce dilemme : est-ce que je réponds ou est-ce que je ne dis rien ? Je crois que dans la plupart des cas, les femmes font comme si elles n’avaient rien entendu et ne répondent pas. Et nous faisons ceci pour deux raisons : d’abord parce qu’on a peur car refuser peut potentiellement empirer la situation (on se dit « au pire je lui donne ce qu’il veut et ensuite il me laissera tranquille »), ensuite parce qu’on a appris au fur et à mesure de notre vie à ne pas oser dire non lorsqu’un homme nous parle ou nous demande de faire quelque chose. Et ceci se retourne de toute façon presque toujours contre nous. Savez-vous combien de violeurs ont été acquitté parce que leur victime n’avait pas dit suffisamment clairement qu’elle n’était pas consentante ? Et parfois, parler n’est pas suffisant puisqu’en Irlande cette semaine, un homme a été acquitté après avoir violé une femme. Pourquoi ? Parce qu’elle portait un string en dentelle, CQFD elle était consentante. (A toute fin utile je rappelle que nous sommes bien en 2018 et que nous n’avons pas glissé dans une faille spatio-temporelle qui nous aurait ramené en 1840).

Lorsque j’habitais à Paris, il m’est arrivé de me faire harceler, évidemment bien plus qu’en Suisse et de manière bien plus violente. J’essaie de toujours répondre quand on m’emmerde. Ce n’est pas toujours facile et, comme vu plus haut, cela peut malheureusement se retourner contre moi. Résultat ? Une fois un mec m’a craché au visage et une autre fois un autre a mis un coup de pied à l’amie avec qui j’étais, si fort qu’elle est tombée par terre. Pourquoi ? Parce qu’on avait osé répondre qu’on n’était pas intéressées et qu’on voulait être tranquilles. Là, je donne les deux pires exemples qui me soient arrivés mais sinon, dans la plupart des cas, ils finissent par répondre « De toute façon t’es moche » et ils repartent (prêtez-y attention, c’est bien souvent leur ligne de défense quand ils se font éconduire – et maintenant cette répartie me fait vraiment rire – mais ça peut aussi être salope, pute ou autres jolis qualificatifs).

Lors d’un week-end avec deux amies à Lyon, on a vécu l’une des situations les plus étonnantes qu’on n’ait, je crois, jamais vécu. C’était à la fin du mois d’octobre ou novembre, il faisait déjà très froid, on était donc en grosse veste d’hiver, en pantalon, avec des bonnets et des écharpes (je précise parce qu’apparemment, la tenue des femmes est toujours utilisée pour justifier les comportements de ces pauvres hommes, ô faibles créatures, qui ne peuvent pas se contrôler). On ressemblait donc à trois bonshommes Michelins ambulants. On était dans notre petite bulle, on discutait tout du long en marchant, on ne prêtait pas attention à ce qu’il se passait autour de nous. Et bien tout le week-end, chaque fois qu’on sortait, on se faisait traiter de putes, de salopes, on se faisait siffler, on nous parlait hyper mal, tout ça venant de bandes de mecs agglutinés sur les bords des trottoirs. C’était totalement dingue et je crois que cela ne nous est jamais arrivé nulle part ailleurs, en tout cas pas à ce point niveau insultes ! Est-ce vraiment normal de devoir vivre des trucs pareils ? Nous étions simplement trois copines qui faisions les magasins et qui achetions des fringues et des couvertures kangourous pour l’hiver à venir, et on s’est faites insulter comme ça, sans raison, juste parce qu’on marchait dans la rue. Je trouve cela tellement révoltant. Pourquoi est-ce que je ne peux pas profiter d’un week-end avec mes copines sans me faire insulter juste parce que je suis une femme ?

Dans ces cas-là, nous avons agis comme si de rien était, en faisant semblant de ne pas avoir entendu, en continuant à parler entre nous et en poursuivant notre chemin. Nous étions chaque fois en infériorité numérique et on savait qu’il valait mieux ne rien dire au risque d’empirer la situation. Il faut toujours évaluer la situation car le plus important, c’est avant tout de garantir sa propre sécurité.

LA PEUR DE RENTRER SEULE CHEZ SOI LE SOIR

Les trois prochains exemples concernent la situation où l’on rentre seule chez soi le soir, à pied. C’est presque toujours une source d’angoisse, un moment où l’on n’est pas tranquille, un moment où l’on se sent vulnérable. Nous avons toutes développé des techniques pour nous sentir mieux et pour nous rassurer. L’une d’elle consiste à faire semblant d’être au téléphone avec quelqu’un (ou l’être pour de vrai), dire assez fort « ah on se retrouve dans 2 minutes à l’angle, tu viens à ma rencontre ». On espère que ça dissuadera un quelconque agresseur se trouvant potentiellement derrière nous.

On réfléchit également à notre itinéraire avant de partir afin d’éviter les ruelles sombres, les lieux déserts où les places où sont agglutinés des bandes d’hommes, endroits où l’on pense que le risque de se faire agresser est plus élevé.

Après une soirée avec des amies, on se dit avant de partir qu’on s’écrit toutes un message lorsqu’on est bien arrivées à la maison.

Demandez à votre mec s’il a déjà fait un de ces trois trucs ou s’il se retourne à intervalles réguliers quand il rentre seul le soir, pour s’assurer que personne ne le suit.

Pour aller plus loin :

– Le court-métrage Au bout de la rue (3mn15, vraiment regardez-le !). Il est hyper parlant et il résume parfaitement ce chapitre. J’aime particulièrement la fin où l’on voit tout le paradoxe entre ce que la femme a vécu ces 3 dernières minutes et la réaction de son copain qui ne se doute pas un instant du périple que c’est de rentrer seule le soir. D’ailleurs, elle ne se rend peut-être pas forcément compte non plus à quel point c’est anormal, parce que nous avons toutes appris que c’était ainsi et qu’on devait faire avec – alors que, je le répète, ça ne l’est pas !

LE POIDS DE LA MATERNITÉ SUR LES CARRIÈRES PROFESSIONNELLES

Vous êtes en entretien, cela se passe bien, on parle travail, carrière, cahier des charges. Et d’un coup, la question qui sort de nulle part « et sinon, vous avez prévu d’avoir des enfants bientôt ? » Outre le fait que cette question soit interdite lors d’un recrutement, il est certain qu’elle vous portera de toute façon préjudice. 1. Répondre que c’est une question à laquelle vous n’êtes pas obligée de répondre et que c’est interdit = merci au revoir Madame. 2. Répondre que vous ne voulez pas d’enfant = jugement de valeur bien souvent négatif, elle a un truc qui cloche celle-là. 3. Répondre que c’est justement en cours, d’ailleurs, je suis probablement enceinte ou j’espère l’être le mois prochain = merci au revoir Madame.

C’est fatiguant d’être sans cesse ramenée à notre capacité reproductrice. Dans ce bureau d’entretien d’embauche, nous sommes là en tant qu’individu, en tant que personne qui recherche un travail. Nous ne sommes pas là en tant qu’utérus ambulant à qui il est permis de demander si, bientôt, il compte accueillir un résident. C’est une question privée qui n’a rien à faire sur le lieu professionnel. Oui, je sais, c’est compliqué en terme d’organisation si on engage une femme et que deux mois après, elle est enceinte. Mais c’est comme ça ! Pourquoi en faire un problème ? On cherche un.e remplaçant.e et c’est terminé ! Il serait vraiment temps de cesser de faire reposer le poids de la maternité sur les femmes et sur leurs carrières. On dirait qu’on est exclusivement responsables. Pour faire un enfant, il faut être deux, et je ne vois pas pourquoi les femmes devraient porter toute la responsabilité du seul fait que ce soit leurs corps qui fassent grandir les fœtus.

De nombreuses études l’ont prouvé, la maternité joue un rôle très négatif sur les carrières des femmes alors que la paternité a l’effet contraire sur celles des hommes. Savez-vous combien de femmes se sont faites virer après une grossesse ? Savez-vous que la majorité des femmes ayant des enfants travaillent à temps partiel ? Imaginez-vous toute cette charge mentale qui tombe sur les femmes avec l’arrivée d’un enfant qui les obligent à travailler à temps réduit ? Avoir un enfant ET un emploi revient pour les femmes à travailler à 150%. A quel moment le simple fait de pouvoir mettre un être humain au monde (ou d’être une femme tout simplement – je l’insère ici car c’est à l’arrivée d’un enfant que les inégalités se creusent encore plus dans la répartition des tâches) nous assigne inévitablement à devoir gérer une maison, les courses, le ménage, la lessive et le nettoyage des chiottes ? J’aimerais ajouter un chapitre sur la répartition des tâches ménagères au sein du couple mais cet article est déjà suffisamment long !

Ce qui est rageant, c’est que des mesures politiques peuvent être prises pour réduire ces inégalités afin que tout ne pèse plus uniquement sur les femmes. Mais là encore, comme au point précédent, nous sommes gouvernés par des hommes qui n’en ont que faire de ces problématiques et qui ne souhaitent pas changer les choses (Rebecca Ruiz l’avait très bien expliqué dans un épisode de Lollipop). A titre informatif, la Suisse est le SEUL PAYS D’EUROPE à ne pas avoir de congé paternité (voir cet article). Cela montre bien l’importance donnée par nos politiciens au rôle du père dans une famille. Les femmes avec les enfants à la maison, les pères au travail et tournés vers l’extérieur. D’ailleurs, dans un autre registre, lors de la votation sur l’égalité salariale, voici ceux qui ont voté non, et ce sont sans aucun doute le même genre de types qui s’opposent au congé paternité et à des mesures pour réduire les inégalités. Oh, mais ne seraient-ce pas nos bons vieux hommes blancs ? La société patriarcale a encore de joyeux jours devant elle dans nos contrées !

Pour aller plus loin :

La charge mentale par Emma – « Fallait demander » | Ou sa BD Un autre regard – Tome I
Les licenciements abusifs après le congé maternité
Les jeunes mères fauchées dans leur carrière après une grossesse
Avoir un enfant est bon pour votre carrière (si vous êtes un homme)
Le nombre d’hommes actifs à temps partiel baisse avec l’arrivée d’un enfant


Et vous, qu’en pensez-vous ? Quelles situations décrites vous sont déjà arrivées ? Quelles autres situations avez-vous vécu ?

Quels sont ces gestes que vous faites sans en avoir forcément conscience ?

Je me réjouis de lire vos expériences. C’est en partageant qu’on se rend compte que nous ne sommes pas seules et que nous vivons toutes plus ou moins les mêmes situations.

P.S. : Tout n’est pas perdu. #MeToo a déjà changé les perceptions et les comportements de certains hommes (lire ici). Merci à ceux qui participent à faire changer les choses, c’est important !

Mes dernières lectures #6

Ma précédente revue littéraire date de décembre dernier, ça fait bien trop longtemps ! J’ai beaucoup lu cette année, des romans, des bandes dessinées (je suis en train de relire Les Schtroumpfs ♥), des livres féministes. Je ne peux pas tout présenter dans le même article alors voici déjà une première sélection de livres qui m’ont transportée dans leurs mondes l’espace de quelques jours ou semaines. J’espère que vous pourrez y trouver un peu d’inspiration pour vos prochaines lectures.

Rosemary’s baby
Ira Levin

Résumé : New-York, dans les années 1960. A la recherche d’un nouvel appartement après leur mariage, Rosemary et Guy Woodhouse reçoivent une bonne nouvelle : un logement vient de se libérer au Bramford, un ancien immeuble réputé pour le charme de ses intérieurs. Ils emménagent rapidement et tout semble se passer pour le mieux. Leurs voisins sont charmants et se montrent prévenants à leur encontre, toujours là pour les aider ou pour leur rendre service. Guy est un jeune acteur en attente de son premier grand rôle et Rosemary prend soin de la décoration de la maison. Alors qu’ils sont ravis de leur nouvel emménagement, ils apprennent que des évènements étranges se produisent au Bramford depuis de nombreuses années. Suicides, morts inexpliquées. Rosemary tombe enceinte et la situation se péjore. Elle est assaillie par la douleur et commence à faire des cauchemars inexpliqués. Guy, quant à lui, change, devient distant. Et ces voisins, toujours plus présents et insistants. Que veulent-ils ? Rosemary ou son bébé ?

Mon avis : Rosemary’s baby est un roman d’horreur et cela faisait très longtemps que je n’avais plu lu un livre de ce genre. Il n’est pas effrayant mais l’ambiance y est oppressante et l’on sent le monde se refermer petit à petit sur cette pauvre Rosemary. Je l’ai lu en quelques jours, il m’a tenu en haleine deux soirs de suite où je ne pouvais plus en arrêter la lecture tant je voulais connaître la suite.

J’ai apprécié le personnage de Rosemary, une femme forte et indépendante qui oscille entre l’affirmation d’elle-même et le désir de se conformer aux demandes d’autrui. Je l’ai trouvée courageuse avec plusieurs élans de lucidité et de prises de décision. Malheureusement, on l’observe se débattre du mieux possible au milieu de son entourage mais la tâche lui est rendue quasi impossible et pour cause, elle ne sait pas en qui elle peut avoir confiance. Les autres personnages du livre sont Guy, son mari, dépeint comme un homme relativement fade, sans grand caractère ni signe particulier ainsi que Minnie et Roman Castevet, les charmants voisins qui pourraient bien cacher un lourd secret.

Un très bon livre que je vous conseille volontiers, particulièrement si vous aimez les romans où on a du mal à arrêter de tourner les pages. Pour info, j’ai découvert en faisant quelques recherches sur internet qu’il existe une suite écrite par l’autrice 30 ans après la parution de Rosemary’s baby. Je vais voir si je le trouve !

Note : 4/5

Une vie sans fin
Frédéric Beigbeder

Résumé : Beigbeder a pris une grande décision : il renonce à la mort. Elle passera par tous mais pas par lui. Il part donc avec sa fille aux quatre coins de la planète pour rencontrer divers spécialistes du corps humain afin d’apprendre comment devenir immortel.

Mon avis : Je l’ai déjà dit à plusieurs reprises sur le blog, Beigbeder est l’un de mes écrivains préférés et je crois qu’il n’y a pas un seul de ses livres que je n’ai pas aimé. Celui-ci est comme les autres : la lecture est fluide, on est à mi-chemin entre le réel et la fiction et on se laisse facilement emporter dans l’histoire.

Dans Une vie sans fin, il se questionne sur la mortalité et l’immortalité, il livre ses inquiétudes sur son rôle de papa de deux enfants, on découvre les préoccupations qui l’habitent maintenant qu’il a plus de 50 ans et on prend connaissance des dernières avancées de la science pour ralentir le vieillissement. On y retrouve la drôlerie et la justesse de ses réflexions sur le fonctionnement de notre monde et je crois que ce sont ces dizaines de petites phrases que l’on peut extraire pour en faire des citations qui me plaisent plus que tout dans les romans de Beigbeder.

Ce livre est aussi la critique d’un monde à deux vitesses : les riches qui accèdent à certaines technologies et les pauvres qui n’en ont pas les moyens. L’exemple le plus frappant est lorsqu’il se rend dans une clinique en Autriche où il paie une fortune pour se détoxifier sans rien manger. N’en est-on pas arrivés à des situations insensées ? J’ai aimé me plonger dans ce roman l’espace de quelques jours et je vous le conseille si vous recherchez une lecture amusante et instructive en même temps.

Note : 4,5/5

Les Furies
Lauren Groff

Résumé : Lotto et Mathilde se rencontrent à l’Université. Le coup de foudre. Ils s’aiment, se marient, emménagent ensemble. Dix ans plus tard, où en sont-ils ? Lotto est devenu un scénariste à succès et Mathilde a œuvré dans l’ombre pour lui permettre d’en arriver là. De l’extérieur, tout semble parfait. Et si l’on y regardait d’un peu plus près ? Et si l’on entendait la version des deux protagonistes ?

Mon avis : Dans Les Furies, il y a l’histoire des deux personnages principaux en premier plan et un questionnement sur le couple en arrière-plan. Ce livre interroge la mince frontière entre le mensonge et l’omission volontaire de certains éléments au cours de la vie commune et c’est dans la seconde partie que l’on comprend qu’il y a toujours deux versions d’une même histoire. En effet, après avoir découvert leur vie à travers les yeux de Lotto, on passe du côté de Mathilde qui nous la livre d’une façon toute différente. On comprend alors que l’interprétation qu’a faite Lotto de certains évènements est tout à fait erronée.

J’ai apprécié ce roman pour ce message qui fait réfléchir et qui propose une façon parmi d’autres d’être en couple en détaillant la manière dont la relation s’est construite et comment elle a évolué au fil des années. Cela dit, j’ai moins accroché au récit dans son ensemble ; certains passages sont longs et sans intérêt (notamment les retranscriptions de scénarios écrits par Lotto) et les mêmes évènements reviennent à plusieurs reprises (les fêtes organisées par Mathilde et Lotto dans leur appartement). J’ai ainsi ressenti de l’ennui par moment au cours de ma lecture.

Toutefois, je vous le conseille pour ses rebondissements, pour cette histoire contée d’une façon totalement différente en milieu de récit et pour cette vision du couple qu’il présente, loin de ce qui est mis en avant habituellement dans les romans et dans les films.

Note : 3,5/5

Mais encore..

⋅ J’ai adoré Lait et Miel de Rupi Kaur. C’est un recueil de poèmes illustrés par des dessins très subtiles et tout en finesse. Décomposé en trois parties, il parle d’amour, de violence, d’abus sexuel, de reconstruction. C’est un magnifique ouvrage à découvrir et à savourer.

L’enfant perdue d’Elena Ferrante, le tome final de l’Amie Prodigieuse. Un magnifique dernier roman pour clore cette superbe fresque qui retrace les vies d’Elena et Lila de leur enfance à leurs 60 ans. Je me souviens encore de l’après-midi où je l’ai terminé, je tournais les dernières pages, couchée sur mon tapis, et je pleurais tant j’étais triste de quitter ces deux superbes héroïnes.

The End de Zep, une bande dessinée de type thriller écologique qui aborde le pouvoir des arbres sur notre monde. La nature n’y est pas présentée comme une victime de l’empreinte humaine mais avec un véritable pouvoir sur le sort de notre planète. J’ai beaucoup apprécié le message de fond et l’intrigue m’a séduite. Un bémol cela dit, dommage que le seul personnage féminin soit là pour « faire joli », en statut d’objet : elle est uniquement représentée en train de se remaquiller pour plaire à un homme ou en train de servir les chercheurs du laboratoire.

Oscar et la dame rose d’Eric-Emmanuel Schmitt, un livre d’une centaine de page qui se lit d’une traite. On y suit les derniers jours d’Oscar, un petit garçon de 10 ans atteint d’un cancer. Le récit se fait sous forme de lettres quotidiennes dans lesquelles Oscar écrit à Dieu afin de lui raconter sa journée. Touchant et émouvant.

Et vous, avez-vous lu un ou plusieurs de ces livres ? Vous ont-t-il plu ?