Commencer une thérapie

J’ai toujours été très intéressée par la psychologie. Par les théories sur l’esprit humain, par les maladies psychiques, par les explications que l’on peut y trouver sur les comportements des individus. Grâce à mes études mais aussi grâce à mon grand intérêt pour ce domaine, j’ai très vite su que j’aimerais faire une thérapie. J’ai toujours considéré cela comme un passionnant voyage intérieur qui permet de mieux se comprendre tout en prenant soin de soi. Quand j’étais ado, je lisais avec envie les interviews de personnalités dans le magazine Psychologies qui parlaient de leurs nombreuses années d’analyse et qui disaient à quel point cela leur avait fait du bien. Je n’avais qu’une hâte : être adulte pour pouvoir moi aussi prendre rendez-vous avec une psy.

Vous l’aurez compris, dans cet article, je souhaite partager avec vous ma vision du travail analytique mais aussi et surtout tout ce qui a trait à la thérapie : définition des troubles psychiques, quand et pourquoi consulter, comment choisir son/sa psy, comment se déroule une séance, quels en sont les bénéfices. Pour terminer, je partagerai mon expérience et ce que m’ont apporté mes analyses. J’espère que je saurai titiller votre curiosité et que, peut-être, cela vous donnera quelques pistes de réflexion pour vous aussi, commencer une thérapie. C’est un long article alors préparez-vous un petit thé, prenez un biscuit, allongez-vous sous le plaid et c’est parti !

LE TRAITEMENT DES MALADIES PSYCHIQUES DANS NOTRE SOCIÉTÉ

Je n’ai jamais vraiment compris tous les préjugés qui entourent les psys et les personnes qui consultent. Les psy, c’est pour les fous. Les psy montent la tête des gens. Je n’ai pas besoin d’un⋅e psy, je parle à mes amis quand je vais mal. Je n’ai pas besoin d’un⋅e psy, je me soigne tout⋅e seul⋅e. J’avoue avoir beaucoup de mal à comprendre pourquoi on se rend chez un spécialiste dès que l’on a mal à quelque part mais pas chez un⋅e psy quand on se sent moins bien. Si on a un problème à l’œil, on va chez l’ophtalmo, si on a des soucis avec notre cœur, on va chez le cardiologue. Pourquoi, si on a des difficultés liées à notre moral, n’allons-nous pas voir un⋅e psychiatre ? C’est quelque chose qui me paraît logique mais qui n’est pourtant pas si évident que cela pour beaucoup de gens.

Dans notre société, nous avons un problème avec les maladies psychiques, qu’elles soient petites ou grandes. Que ce soit dans les représentations qui nous viennent du passé ou dans la culture populaire, la maladie psychique est souvent associée à la folie, et elle est dépeinte très sombrement. Pourtant, les fous sont rarement des êtres complètement insensés, en état de démence permanente, qui se baladent tels des monstres dans les rues.

Il me semble donc nécessaire de déconstruire ces représentations qui ne correspondent pas à la réalité afin que notre société cesse de diaboliser les maladies psychiques, les thérapies et les psychiatres/psychologues. Ce changement des mentalités permettrait une meilleure reconnaissance de ces souffrances et un accès facilité et décomplexé à une prise en charge thérapeutique. Non seulement cela sauverait des vies, mais en plus nous pourrions vivre plus heureux⋅se.

Souffrir de dépression et ne pas se soigner, c’est un peu comme souffrir d’un cancer et ne pas se soigner. On peut en mourir. Je parle ici des cas les plus sévères qui ne représentent pas la majorité mais ils existent car nous stigmatisons trop les maladies mentales. Nous pointons trop du doigt les personnes en souffrance psychique. Résultat, nous restons tou⋅te⋅s dans notre coin avec nos difficultés et nous n’osons ni ne pensons à nous soigner, de peur de passer pour un fou/une folle. Avicii, Chester Bennington, Kurt Cobain, Amy Winehouse, MacMiller, Heath Ledger, tou.te.s souffraient de dépression, d’anxiété et d’addictions qui les ont conduit au suicide ou à l’overdose.

LES TROUBLES PSYCHIQUES

Partons du principe que, depuis notre naissance, nous vivons toutes et tous des événements faciles et difficiles. Nous passons tou⋅te⋅s par des périodes plus compliquées, des périodes où l’on n’est pas très au clair avec soi-même, des périodes où l’on doute. En tant qu’être humain, il est impossible de ne pas vivre l’une de ces phases au cours de notre vie. Le bonheur n’est pas linéaire, on ne commence pas à être heureux⋅se le 2 avril 2016 et on le reste pour toujours sans discontinuer. La vie, c’est des hauts, des bas, des entre-deux, et ce qui est chouette, c’est d’arriver à avoir plus de hauts que de bas.

Au cours de ces périodes plus difficiles, mais aussi au cours de notre enfance, aussi joyeuse ait-elle été, il y a des choses que notre esprit n’a pas bien pu intégrer, n’a pas bien pu comprendre. Des événements qui ont constitué des traumatismes, petits ou grands, pour notre psychisme. Il en résulte, plus tard, des troubles avec lesquels on s’habitue à vivre mais qui sont malheureusement assez souvent handicapants. Ils peuvent se manifester de façon épisodique et avec des intensités et des durées variables. En voici une liste des principaux :

Les troubles anxieux : l’anxiété est un sentiment d’inquiétude qui peut être présent plus ou moins fréquemment, dans des situations précises ou sans réelle cause externe. Il peut s’accompagner de difficultés liées au sommeil, de maux de tête ou de ventre, de digestion compliquée, de fatigue et d’une tendance à exagérer les petits problèmes. L’anxiété peut se manifester, par exemple, au sein d’une foule, lorsqu’on prend l’avion, lorsqu’on doit faire des choses qui sortent de notre routine habituelle, ou tout simplement dans la vie de tous les jours. Si l’anxiété devient trop élevée, elle peut se transformer en crise de panique. Au quotidien, une personne souffrant de ce trouble peut connaître plusieurs courts épisodes par jour où l’anxiété se manifeste. On se sent moins bien, on est un petit peu angoissé.e, on s’inquiète sans vraiment savoir pourquoi, on a comme une boule au ventre ou encore un sentiment diffus de stress.

Les troubles dépressifs : ils se caractérisent par une humeur triste qui entraîne la perte d’intérêt et de plaisir dans la réalisation des activités habituelles. On peut présenter des symptômes dépressifs sans souffrir de dépression. Ce sont surtout la persistance et l’intensité des symptômes qui définissent les conséquences du trouble sur la vie quotidienne. Il se manifeste généralement sous la forme d’un sentiment de tristesse, d’une faible énergie, d’une dévalorisation excessive, des difficultés liées au sommeil (insomnie ou hypersomnie). Dans les formes les plus sévères, les troubles dépressifs peuvent s’accompagner de pensées suicidaires et de passage à l’acte.

Les troubles addictifs : ils sont en lien avec une consommation excessive ou un comportement addictif dont la personne est dépendante. Il y a, par exemple, l’alcoolisme, la toxicomanie ou encore la dépendance aux jeux.

Les troubles du comportement alimentaire : ils regroupent les problématiques liées à la manière de se nourrir. Il y a la boulimie (ingérer une grande quantité de nourriture dans un laps de temps réduit) et l’anorexie (perte de poids importante et réduction des quantités ingérées).

La plupart des gens vivent avec un ou plusieurs des troubles évoqués ci-dessus, à des intensités et à des fréquences d’apparition variables. J’ai souvent pu constater qu’ils « s’arrangent » du mieux qu’ils peuvent pour vivre avec ces difficultés alors que les symptômes sont parfois assez lourds.

J’aimerais ainsi vous amener à réfléchir à ces différents troubles. A voir s’ils vous sont familiers ou non. A vous questionner sur la fréquence à laquelle ils apparaissent dans votre vie, s’ils leur arrivent de vous gêner dans votre quotidien. A envisager le fait qu’il est possible de vivre avec eux d’une manière beaucoup plus facile. Cela peut se faire grâce à une thérapie, ou alors en ayant recours à d’autres méthodes annexes qui peuvent également produire des effets bénéfiques (voir le dernier chapitre « Et si vous n’êtes pas prêt⋅e pour une thérapie ? »).

QUAND ET POURQUOI COMMENCER UNE THÉRAPIE ?

Je ne sais pas si on peut réellement définir un moment précis ou des motivations en particulier (c’est finalement une décision très personnelle) mais on peut citer deux cas de figure :

– Soit quand les troubles évoqués ci-dessus commencent à nous embêter dans notre quotidien ou tout du moins quand on ressent l’envie de travailler dessus ;
– Soit quand on souhaite entreprendre un travail sur soi pour arriver à une meilleure compréhension de soi.

De mon côté, je pense qu’à partir du moment où un trouble prend une place trop importante dans notre quotidien, il est important de consulter et de commencer une analyse. Prendre soin de son psychisme est aussi important que prendre soin de son corps. C’est une manière de prendre soin de soi dans la globalité, en intégrant toutes les parties de notre être. Nous savons tou⋅te⋅s que le sport est bon pour la santé. Et bien la thérapie, c’est la même chose, c’est bon pour l’esprit. Pour moi, les deux vont de pair. Aller voir ma psy, c’est autant important que faire mon yoga.

UN⋅E PSYCHOLOGUE OU UN⋅E PSYCHIATRE ?

En Suisse, un⋅e psychiatre est un⋅e médecin qui a fait cinq années d’école de médecine puis qui s’est spécialisé⋅e dans la psychiatrie, tout comme un⋅e chirurgien⋅ne dans la chirurgie, l’ophtalmo dans l’ophtalmologie. Un⋅e psychologue, quant à lui/elle, a fait cinq années d’études universitaires en psychologie. Tou⋅te⋅s deux ont complété leur formation par une thérapie personnelle de plusieurs années.

Deux différences : 1. Le/la psychiatre peut prescrire des médicaments, tels que des anti-dépresseurs ou des anxiolytiques, ce qui n’est pas le cas du/de la psychologue. 2. La prise en charge par les assurances maladies : un⋅e psychiatre est remboursé⋅e comme un médecin alors que le/la psychologue est souvent remboursé⋅e via l’assurance complémentaire. Les assurances complémentaires prennent généralement en charge un montant annuel défini ou un nombre précis de séances.

Pour des questions financières, il peut être intéressant de se tourner vers un.e psychiatre puisque la prise en charge par l’assurance couvrira le 90% des frais et pour une durée beaucoup plus longue que si vous consultez un⋅e psychologue.

COMMENT CHOISIR SON/SA PSY ?

L’élément le plus important pour une thérapie réussie et agréable est de trouver un⋅e psy qui vous convienne et avec lequel/laquelle vous vous sentez à l’aise et en confiance. Chaque individu est différent, ce n’est pas parce qu’un⋅e psy a plu à l’un⋅e de vos ami⋅e⋅s qu’il/elle vous plaira également. C’est un choix très personnel. Je vous conseille d’y aller à l’intuition, parcourez la liste (après avoir filtré le code postal ou femme/homme par exemple – ici pour le canton de Vaud) et laissez-vous guider vers la personne dont les nom et prénom vous font tilt.

Les psychiatres n’ont normalement pas de site internet puisque ce sont des médecins. Il est donc plus difficile d’avoir des renseignements sur eux en ligne. Par contre, la plupart des psychologues en ont généralement un sur lequel ils détaillent leurs qualifications, expériences et méthode d’analyse (il peut être intéressant de vous renseigner sur celles existantes avant d’entreprendre une thérapie afin de voir si l’une vous attire plus qu’une autre).

Un bon psy / une bonne psy :

– Pose le cadre thérapeutique et veille à son maintien
– Est neutre : il/elle n’émet pas de jugement sur ce que vous lui dites
– Sait vous écouter (ne vous raconte pas sa vie privée ou ses vacances)

COMMENT SE DÉROULE UNE SÉANCE ?

Lors du premier entretien avec votre psy, il/elle va fixer avec vous un nombre défini de séances (1 à 4) afin que vous puissiez faire connaissance, découvrir ses méthodes de travail et voir comment le courant passe entre vous. Au terme de cette phase initiale (ou peut-être même avant), vous ferez un bilan durant lequel vous pourrez dire si la prise en charge vous convient ou si vous ne souhaitez pas continuer.

Une fois cette première phase terminée et après avoir décidé de travailler ensemble, vous définissez avec votre psy le nombre de séance(s) hebdomadaire ou mensuelle. A voir selon votre situation et comment vous vous sentez. Cela peut varier. Vous pouvez commencer avec une séance par semaine puis deux séances par mois. C’est vraiment quelque chose qui se discute avec son/sa thérapeute. Ensuite, un jour et une heure sont choisis et ils sont normalement fixes. Par exemple, vous aurez votre séance de thérapie tous les mercredis à 17h ou un jeudi sur deux à 14h. C’est un point important qui fait partie du cadre analytique.

En ce qu’il concerne le déroulement des séances à proprement parler, vous serez assis.e soit face à votre thérapeute soit sans contact visuel (pour la psychanalyse). Ensuite, vous parlez de ce dont vous avez envie. Ce qui vous pose problème dans votre vie quotidienne, les difficultés que vous rencontrez, les petits désagréments qui vous compliquent parfois l’existence, une dispute avec une amie, votre copain, vos parents. Vous verrez qu’en parlant, vous allez commencer à faire des liens par vous-même. Évoquer un sujet vous amènera sur une autre pensée ou un autre fait, et ainsi de suite. On appelle ceci le principe de la libre association.

Le/la psy va parfois rebondir sur ce que vous dites ou vous questionner sur un élément précis, dans le but de vous faire réfléchir et de vous accompagner sur le chemin de votre connaissance personnelle. Vous verrez comment cela vous fait réagir et vous échangerez là-dessus.

En thérapie, on résout les problèmes que l’on rencontre par soi-même. Dans ce cas, pourquoi ne pas le faire tout⋅e seul⋅e à la maison ? Et bien parce qu’en thérapie, vous êtes en lien avec votre analyste. Vos interactions avec lui/elle, les éléments sur lesquels il/elle va vous faire réfléchir, le fait d’énoncer à voix haute les soucis que vous rencontrez, tout ceci va vous soigner. Et ce n’est pas possible en étant tout seul⋅e chez soi. Ce n’est pas non plus possible avec vos ami⋅e⋅s qui, même s’ils peuvent vous aider, ne pourront pas vous accompagner de la même manière que dans un processus thérapeutique.

LES BÉNÉFICES D’UNE THÉRAPIE

Une thérapie, c’est un voyage à l’intérieur de soi qui nous emmène vers une meilleure connaissance de nous-même, de nos ressentis et de nos émotions. Il y a dans cette démarche quelque chose de l’ordre d’une nouvelle construction et d’une nouvelle compréhension de notre personne et de nos fonctionnements.

J’aime imager la thérapie de la façon suivante : je perçois ma vie comme un tricot que je tisse petit à petit au fur et à mesure de mon existence. Les années et les évènements passés constituent les mailles de mon tricot ; la façon dont se sont déroulés ces évènements et comment je les ai vécus influent sur la manière dont les mailles ont été tricotées et consolidées entre elles. La thérapie est un outil qui m’aide à construire mon tricot avec des mailles solides et qui me permet de faire un état des lieux de l’ensemble de la pièce. On regarde comment sont les premières mailles, si elles sont stables, si elles ne sont pas trop emmêlées. On peut voir celles qui sont toutes belles mais aussi, si nécessaire, détricoter plusieurs lignes, ici et là, pour en construire des plus fortes et des moins nouées.

Partager ce que l’on a vécu avec son/sa thérapeute et dire toutes ces choses à voix haute est vraiment libérateur. C’est comme si l’on déposait nos poids dans le cabinet de notre psy. On dépose nos poids et des ailes se déploient dans notre dos. On ressort d’un travail analytique avec des bases plus saines, plus profondes, plus ancrées. On est mieux armé⋅e⋅s pour la vie quotidienne et pour les problèmes que l’on peut rencontrer. On sait pourquoi on réagit de telle façon dans telle situation. Une thérapie permet vraiment de vivre d’une manière plus légère et plus simple au quotidien.

Je suis convaincue qu’il y aurait beaucoup moins de problèmes dans le monde si nous étions tou⋅te⋅s allé⋅e⋅s consulter un⋅e thérapeute durant quelque temps. Il y aurait moins d’incompréhensions, moins de susceptibilités, moins de critiques, moins de moqueries, moins de jalousies. Nous pourrions tou⋅te⋅s communiquer différemment et je crois que nous nous porterions tous et toutes bien mieux.

MON EXPÉRIENCE

Comme je le disais en introduction, j’ai rapidement su, au début de ma vie adulte, que je ferais un jour une thérapie. Tout ce qui tourne autour du psychisme m’intéresse énormément et je trouve tout à fait passionnant de pouvoir comprendre comment fonctionne mon cerveau.

Pour moi, voir un⋅e psy n’a jamais été corrélé avec le fait d’être folle. Je n’ai jamais pensé que les psys sont destinés aux fous, je n’ai jamais pensé que les psys montent la tête des patient⋅e⋅s, je n’ai pas eu peur de découvrir des choses horribles en commençant un travail analytique. En fait, je n’ai jamais pensé quoique ce soit de négatif concernant les psys et la thérapie. Bien au contraire.

Je considère le fait d’entreprendre une thérapie comme un formidable cadeau que je me fais à moi-même. Quitte à être sur terre, autant essayer de vivre ma meilleure vie. Je trouve dommage de laisser certains troubles nous gâcher l’existence ou du moins empiéter un peu trop souvent sur notre quotidien. Mon bien-être est quelque chose auquel j’aime consacrer du temps. J’aime prendre soin de moi, j’aime m’interroger sur ma manière de fonctionner, sur les autres, sur mes relations à autrui. J’aime comprendre pourquoi je réagis de telle manière dans telle situation.

La thérapie représente une aide qui m’épaule dans les situations difficiles. A 19 ans, j’ai consulté pour la première fois durant quelques mois car je vivais une période assez compliquée. J’ai refait quelques séances juste avant mon départ à Paris, à 23 ans, pour vivre au mieux cette transition et tous les changements qui s’amorçaient dans ma vie. Aujourd’hui, je fais une thérapie plus longue, plus en profondeur, une vraie analyse de fond, où on reprend tout depuis le début, on décortique et on pose des bases solides. Des trois, c’est de loin la plus intéressante et la plus riche en enseignements. Ces séances m’ont permis de comprendre tellement de choses. Je suis vraiment heureuse du chemin parcouru et de tout le travail effectué au sein des quatre murs du cabinet de ma psy.

Comme je le disais dans mon article bilan il y a quelques jours, je me sens aujourd’hui plus sûre de moi, je sais qui je suis, ce que je veux et comment je souhaite vivre ma vie. La thérapie m’a permis de lâcher prise sur énormément de sujets et j’ai appris, de manière générale, à accorder beaucoup moins d’importance à des choses qui me prenaient trop la tête auparavant. J’ai arrêté de me justifier pour tout et n’importe quoi, j’arrive mieux à mettre mes limites, je ne me force quasiment plus à faire des trucs que je n’ai pas envie mais que je faisais quand même par le passé, par peur du regard et du jugement des autres.

J’arrive bientôt au terme de ma thérapie actuelle mais il est assez clair pour moi que j’en ferai plusieurs au cours de ma vie. Je crois qu’il est nécessaire de refaire des petits points de situation, tous les cinq ou dix ans peut-être, pour continuer à faire de belles mailles et à m’assurer que mon tricot est toujours bien solide.

J’ai longtemps hésité à aborder ce sujet sur mon blog, sujet qui reste malgré tout assez délicat. Cependant, je crois que les expériences individuelles méritent parfois d’être partagées car elles peuvent réellement servir à d’autres. Au final, nous sommes tou⋅te⋅s humains, nous rencontrons donc tou⋅te⋅s plus ou moins les mêmes problématiques et il peut être intéressant de découvrir comment d’autres personnes ont géré une situation que l’on rencontre peut-être aussi.

ET SI VOUS N’ÊTES PAS PRÊT⋅E⋅S POUR UNE THÉRAPIE ?

Choisir de voir un⋅e psy n’est jamais une étape facile. C’est pourquoi beaucoup de personnes se tournent vers des médecines alternatives qui leur permettent de prendre soin d’elles et de se soigner par d’autres moyens. Il y a des ostéopathes, des kinésiologues ou des physiothérapeutes avec des spécialisations particulières qui peuvent être une première porte d’entrée vers un chemin vers soi. Je connais plusieurs personnes qui ont fait des séances avec ce type de praticien⋅ne⋅s et cela leur a fait beaucoup de bien. Finalement, je crois qu’il est important que chacun d’entre nous trouve la méthode la plus adaptée à sa personne.

⇒ Si vous souhaitez voir comment se déroule une séance dans le cabinet d’un⋅e thérapeute, je vous conseille la très bonne série In Treatment (En Analyse) qui est sortie en janvier 2008. Chaque épisode représente un jour de la semaine durant lequel on assiste à la séance d’un⋅e patient⋅e avec son psy. Le vendredi, c’est le psy lui-même qui se rend chez sa thérapeute, pour de la supervision et pour son analyse personnelle. Cette série est extrêmement bien réalisée et vaut vraiment le coup d’être vue. Elle permet notamment de « dédramatiser » ce qui peut se passer dans le cabinet d’un⋅e psy et c’est très chouette.

Et vous, que pensez-vous de l’idée de commencer une thérapie ? Est-ce quelque chose qui pourrait vous intéresser ? Dans le cas contraire, qu’est-ce qui ne vous attire pas dans cette démarche ?

Je souhaite préciser que je ne suis évidemment pas médecin. J’ai écrit cet article de la manière la plus simple possible afin que ce soit facilement compréhensible pour tout⋅e⋅s. Tout n’est peut-être pas 100% bien expliqué ni 100% exact mais je me suis documentée le plus possible afin de faire le moins d’erreur possible. En cas de doute, seul l’avis de votre médecin est à prendre en compte.

2010 – 2020

On m’a dit que 2019 était une année de grands changements, au niveau des astres. La fin d’un cycle, le début d’un nouveau. Pour beaucoup d’entre nous, 2019 fut ainsi une année mouvementée avec, justement, de grands changements, qu’ils soient personnels ou professionnels. Dans mon entourage proche ou éloigné, je crois n’avoir jamais assisté à autant de séparations que durant ces douze derniers mois.

2019 est donc terminée, et les années 2010 aussi. Une décennie qui se termine et l’occasion d’y réfléchir. Cette semaine, j’ai pris le temps de penser à ces dix dernières années. Ce que j’ai traversé, accompli, réalisé, compris. Si aujourd’hui j’écris ces quelques lignes sur mon blog, c’est pour toutes celles et ceux qui se questionnent, pour toutes celles et ceux qui sont sur le chemin de la connaissance de soi, pour toutes celles et ceux qui aiment réfléchir à leur vie, mais aussi pour toutes celles et ceux qui sont là par hasard. Si cet article peut aider certain.es d’entre vous à réfléchir à leurs dix dernières années, alors le but sera atteint.

De mon côté, j’adore lire les bilans personnels d’autres personnes. Comment elles se sont construites, comment elles sont arrivées là où elles sont aujourd’hui, quels enseignements elles ont tiré de leurs diverses expériences. J’obtiens bien souvent des réponses à mes interrogations en écoutant les existences d’autrui. Leurs récits et leurs apprentissages sont comme de petites graines qui s’implantent en moi et que je fais ensuite germer. Je suis donc persuadée que les expériences individuelles peuvent être utiles à tous et toutes. C’est pourquoi, aujourd’hui, je partage mes réflexions quant à ces dix dernières années. Peut-être y trouverez-vous quelques graines pour vous-même.

Au début de cette décennie, en 2010, j’avais 22 ans. On m’avait dit « tu verras, la vingtaine, c’est bien, mais la trentaine, c’est encore mieux. Tu te connaîtras davantage et tu sauras ce que tu veux ». Aujourd’hui, j’ai 32 ans, et je peux dire que c’est totalement vrai. Même si je pense que l’être humain est en construction permanente tout au long de sa vie, j’ai vraiment l’impression d’avoir franchi un palier, d’avoir terminé la construction de mes bases durant ces dix années qui m’ont menées jusqu’à mes 30 ans. C’est simpliste mais je sais enfin qui je suis, ce que je veux et à peu près où je vais, et ce n’était pas le cas à 22 ans. C’est un sentiment qui a grandi petit à petit, lentement mais sûrement. Un sentiment qui dit « je suis comme ça et tant pis si ça ne convient pas aux autres ». Je trouve fascinant ce processus de développement à l’intérieur de soi, qui s’opère sans que l’on comprenne vraiment comment ça marche. Je ne reviendrai en arrière pour rien au monde. Et vous savez quoi, il paraît même que ça devient de mieux en mieux plus les années passent. De quoi nous réjouir du temps qui passe.

J’ai donc compris que vieillir est un cadeau et j’ai arrêté d’être angoissée par l’âge qui avance, mes rides qui se creusent et mes cheveux blancs qui se reproduisent un peu trop vite à mon goût. Je me souviens avoir dit, le jour de mon 23ème anniversaire « c’est le dernier anniversaire que je suis contente de fêter ». Quelle tristesse, cette société où vieillir, spécialement pour les femmes, est interdit. Dans le dernier film de Tarantino, le personnage joué par Leonardo DiCaprio dit à une petite fille de 8 ans : « tu verras ce que ça fait d’être inutile dans 15 ans ». Belle illustration des signaux que nous envoie la société en permanence. J’essaie vraiment de me détacher au maximum de ces injonctions à la jeunesse que nous servent les médias, les publicités et les grandes entreprises de cosmétiques. Je garde toujours en tête le fait que ces compagnies ont tout tout à y gagner que les femmes ne s’aiment pas comme elles sont. A qui vendraient-elles leurs crèmes anti-rides, anti-cellulite et leurs soins jeunesse si l’on pensait, au même titre que les hommes, que les femmes s’embellissent avec l’âge ? Chacune de nos rides raconte une histoire, soyons fières des histoires que l’on peut lire sur nos visages.

J’ai compris que le féminisme est essentiel et, en tant que femme, il m’aide énormément dans la vie de tous les jours, même s’il me fait constater les inégalités et les absurdités du sexisme ordinaire de façon plus criante au quotidien. Le féminisme m’encourage à prendre soin de moi, à me protéger, à m’aimer telle que je suis, à être en paix avec moi-même, à savoir ce que je veux et ce que je ne veux pas. Il m’a fait comprendre encore davantage à quel point la sororité est importante et à quel point il est primordial que les femmes cessent de se considérer comme des rivales. Le féminisme m’a fait découvrir des destins de femmes auxquelles je peux m’identifier, des vies qui me donnent envie et qui m’inspirent, des existences qui ne ressemblent pas à celles que je connaissais jusqu’à présent, et cela m’a fait beaucoup de bien.

J’ai compris la pluralité des existences qu’il est possible de mener. Que la voie diplôme – emploi – mariage – enfant – maison n’est pas la seule option. Pendant bien longtemps, j’ai cru que je n’avais pas d’autre choix, puisque c’est celui que font la plupart des gens. J’ai parfois l’impression que la société nous fait croire que c’est ce dont nous avons tous et toutes besoin sans exception et qu’enfin, lorsque nous aurons coché toutes ces cases, à nous le bonheur éternel. Je ne sais pas si cela marche vraiment ainsi mais de mon côté, ce n’est pas la vie que je désire. J’aurais aimé savoir que c’était possible et que cela ne faisait pas de moi quelqu’un de bizarre. (Petite précision car je ne voudrais pas que ce soit mal interprété : les choix de vie des uns n’annulent ni ne remettent en question les choix de vie des autres. Chacun.e vit sa vie comme il/elle le souhaite, et il n’y a pas de « meilleure » option – la meilleure étant celle qui nous correspond le mieux). Je veux être libre, voyager, avoir le maximum de temps pour moi, pour mes loisirs et pour mes amies. Je souhaite pouvoir passer des week-ends entiers à lire des livres sans me lever du canapé, à écrire jusqu’au milieu de la nuit, à faire des grasses matinées chaque fois que je n’ai pas besoin de mettre le réveil, je veux avoir le temps de flâner, de penser, le temps de ne rien faire.

Pour l’ensemble de ces raisons, j’ai pris la décision que je n’aurai pas d’enfants. A 22 ans, je n’étais pas bien sûre de ce que je voulais à ce sujet puis mon choix s’est affiné au fil du temps jusqu’à en devenir une certitude. Je me suis intéressée davantage aux childfree, j’ai beaucoup beaucoup réfléchi à la question, j’ai pesé les pour, les contre, j’ai observé, j’ai lu, j’ai envisagé et j’ai décidé. Je sais que rien n’est définitif dans la vie (je voulais six enfants quand j’avais 18 ans) mais aujourd’hui, à 32 ans, bientôt 33 ans, je pense que je ne changerai plus d’avis là-dessus. En tant que femme, ce fut un très long processus de réflexion et de déconstruction pour arriver à ce choix. Je me préparais à être maman depuis mon enfance et je crois n’avoir même jamais envisagé la possibilité de pouvoir ne pas le devenir. Après être passée par toutes sortes de phases, je suis maintenant en accord et en paix avec ma décision. Peut-être y consacrerai-je un article à l’avenir.

Au niveau professionnel, j’ai compris que la seule manière d’être épanouie pour moi, c’était de créer mon entreprise et d’être indépendante. Pouvoir travailler selon mes méthodes, élaborer mes propres processus, organiser mes horaires, ne pas avoir de patron.ne au-dessus de moi. J’ai compris que devoir aller au bureau 8h par jour me rendait très malheureuse. Je l’ai compris à 23 ans, quand j’ai quitté mon premier travail pour partir à Paris, mais à cette époque, je ne savais pas qu’il y avait d’autres possibilités que celle-ci pour avoir un salaire. J’ai découvert au fil de cette décennie qu’il y a autant de pluralité de vies professionnelles que d’individus et que la voie du salariat n’est pas la seule qui existe. Avoir mon entreprise est une option largement moins tranquille qu’être salariée, mais c’est celle qui me convient le mieux et je suis heureuse de l’équilibre que j’ai réussi à créer aujourd’hui, après tant d’années d’incertitudes. Tout ça pour dire que si aujourd’hui vous n’êtes pas satisfait.e dans votre travail, si vous n’avez pas encore trouvé votre voie, si vous ne savez pas encore ce qui vous épanouit, ce n’est pas grave. Vous pouvez continuer de chercher en lisant, en écoutant des podcasts consacrés au domaine professionnel et en prenant le temps de réfléchir à ce qui vous anime. Il n’est jamais trop tard.

Pour terminer, j’ai compris qu’on ne peut pas être aimé.e par tout le monde et on ne peut pas contrôler ce que les autres pensent de nous, peu importe combien on essaie. Il y aura toujours des personnes avec qui ça ne passe pas. Il y aura toujours des gens avec qui nous ne serons pas sur la même longueur d’ondes. A titre individuel, nous avons toutes et tous des personnes que nous n’aimons pas. Pourquoi vouloir, dans l’autre sens, que tout le monde nous aime ? C’est impossible. Un jour, alors que je me démenais pour prouver ma gentillesse à une personne en particulier, j’ai compris la chose suivante : à quoi bon m’évertuer à prouver que j’étais gentille à quelqu’un qui a décidé que je ne l’étais de toute façon pas ? Ce fut un déclic dans ma tête et j’ai pu l’appliquer à plein d’autres situations. On ne peut pas faire changer l’avis des gens sur notre personne lorsqu’ils ont décidé de nous voir d’une telle façon. A quoi bon perdre notre énergie dans ce type d’échanges qui ne nous apportent rien ? Consacrons-nous à celles et ceux qui nous connaissent réellement et qui nous aiment pour ce que nous sommes, c’est définitivement ce qui nous apportera le plus de joie et de bonheur dans nos vies.

Et pour vous, comment se sont passées ces dix dernières années ? Qu’avez-vous appris, compris, réalisé, accompli ?