Demain, retour à l'(a)normal

Oh ce jeu de mots n’est pas de moi. Mais il est bien trouvé.

Je voulais juste écrire quelques lignes, sans trop réfléchir, sans trop relire. Demain, c’est le retour à un semblant de vie normale, les magasins et les restos qui rouvrent, les transports publics qui reprennent leur cadence habituelle. La distance sociale en plus.

Est-ce que ça me réjouit ? Je ne sais pas. Ce que je sais, c’est que j’ai aimé ces deux mois. J’ai aimé ce rythme de vie et ce ralentissement, cette sensation que le temps m’appartenait enfin. Je sais que j’ai de la chance, que j’ai un salaire garanti, que j’ai un appartement assez grand pour moi toute seule, que j’ai un balcon pour pouvoir prendre l’air. Ces soucis matériels n’en étant pas, ils m’ont permis de vivre cette période de manière très sereine. Loin de moi donc l’idée de romantiser cette situation alors que ce fut un enfer pour des gens qui se sont retrouvés sans ressources du jour au lendemain, que ce fut un enfer pour celles qui se sont retrouvées enfermées avec un conjoint violent, que ce fut difficile pour des mères (et des pères) qui ont dû faire l’école aux enfants et télétravailler en même temps, que ce fut compliqué pour plein d’autres raisons pour plein d’autres personnes. Mais juste l’occasion d’en tirer un constat sur d’autres plans.

Durant ces deux mois, j’ai été malade presque un mois durant lequel je n’ai pas pu sortir de chez moi. Quelques semaines après avoir guéri, j’ai eu une deuxième vague de symptômes du coronavirus, cette fois-ci beaucoup plus forts et touchant les organes les uns après les autres, comme beaucoup d’autres personnes dont on commence à entendre les témoignages. Je me suis sentie seule, j’ai eu peur. Moi qui suis rarement malade ni particulièrement anxieuse au niveau des maladies, à un certain point, je me suis quand même demandé si j’allais mourir d’une crise cardiaque. Ce qui est difficile avec ce virus, c’est que personne ne peut venir nous aider. On est obligé de rester tout.e seul.e à la maison. On nous livre les courses, de la nourriture, mais personne ne peut rien faire d’autre. Et les médecins ne savent pas ce qu’il nous arrive.

Mis à part ces moments difficiles, ce quotidien en solitaire n’a pas beaucoup changé de ma vie habituelle. Le monde a vécu, pour une fois, la vie que vivent les introverti.e.s depuis longtemps. Je crois que dans une société où être avec des gens en permanence et faire mille activités sont des aspects ultra valorisés, il faut aussi faire de la place pour une autre existence possible, sans pour autant la pathologiser ou la prendre en pitié. Oui, on peut aimer vivre seul.e, passer des week-ends entiers seul.e, être juste avec soi-même et passer du bon temps. Sans pour autant avoir un quelconque problème ou être dépressif.ve. Les personnes qui aiment être seules, qui vivent leur meilleure vie juste avec un livre, un thé et des cookies, vont autant bien que celles qui aiment voir des gens tout le temps et qui aiment être toujours occupées. Nous avons juste des besoins différents. Cela ne veut pas dire non plus que je n’aime pas voir des gens ; je me réjouis énormément de revoir mes amies et ma famille.

Ces deux mois où ma vie n’a pas beaucoup changé de ma vie d’avant m’ont apportés plein de choses positives : dormir suffisamment et ne plus mettre de réveil, faire des trucs non productifs sans me sentir coupable de « perdre » mon temps comme jouer 4h de suite à un jeu vidéo ou binge-watcher la saison 4 de Casa de Papel jusqu’à 5h du matin sans m’inquiéter d’être fatiguée le lendemain, organiser mes journées comme je le veux, avoir le temps de faire une balade, du yoga, lire tout un après-midi, dessiner, écouter des podcasts et des livres audio. J’ai même commencé à jouer du piano à l’aide de tutoriels sur YouTube (j’avais un piano à la cave offert par mon papa, je me suis dit que c’était le moment idéal pour m’y mettre).

Ce monde où nous devons toujours travailler pour gagner de l’argent me paraît, encore plus que d’habitude, vain et insensé. Je n’ai jamais travaillé à temps plein et je ne le ferai jamais. Je préfère avoir peu d’argent mais beaucoup de temps. Et c’est comme si c’était tabou de dire ce genre de choses. Il y a une phrase de Fight Club que j’aime bien : « Nous achetons des choses dont nous n’avons pas besoin avec de l’argent que nous n’avons pas pour impressionner des gens que nous n’aimons pas ». J’achète peu de choses depuis quelques années mais ce confinement m’a encore plus montré à quel point nous avons finalement besoin de très peu pour vivre super bien.

Je crois que ce ralentissement a participé à faire réfléchir les gens. Je lis sur les réseaux que beaucoup ont aimé ces deux mois suspendus, où la course contre la montre s’est enfin arrêtée, où l’on avait le temps de vivre. Je pense que cela entraînera des changements chez beaucoup d’entre nous. Des remises en question intéressantes, des nouvelles envies, de nouvelles ambitions, de nouveaux aménagements du quotidien.

Je connais des personnes qui ont très mal vécu cette période. Qui ont dit que c’était une année de perdue, que c’était horrible. Je les comprends aussi. Il est vrai que beaucoup de choses chouettes ont été annulées. Des fêtes, des festivals, des vacances, des mariages. J’avais lu que ceux qui s’adaptent plus facilement aux changements sont ceux qui vivent plus heureux. J’ai été triste que tous ces évènements soient annulés. Mais on ne pourra rien y changer. C’est comme ça. Autant passer à autre chose et se réjouir de pouvoir les faire l’année prochaine. Autant essayer de trouver du positif dans cette situation. De toute façon on ne peut rien faire d’autre.

Même si le télétravail va se poursuivre pour moi encore quelques semaines, je redoute un peu le retour à la normale. Revoir des gens tous les jours, retourner au bureau, retrouver ce rythme où l’on court après le temps, où l’on se sent coupable lorsqu’on ne rentabilise pas comme il le faudrait nos heures libres. Je ne sais pas si j’ai vraiment envie de retrouver tout ça.

Cette vie au calme était une véritable oasis de tranquillité. Je ne me suis pas ennuyée une seule minute depuis le 13 mars, mes journées ont même rarement passé aussi vite. Je crois qu’il est important de dire ces choses, ces ressentis, de les partager. Parce que je sais que plein de personnes sont aussi inquiètes de retourner à cette vie d’avant, que plein de personnes ont aimé ce ralentissement, et que ce sont des sentiments qu’on ne se sent pas toujours en droit d’exprimer ni de ressentir, par honte et par gêne, et parce que c’est à mille lieues de ce que la société nous dicte.

Cet article est là pour ça. On a le droit de penser ainsi, tout comme on a le droit de penser le contraire, et c’est ok pour tout le monde. Bon courage à tout.es celles et ceux qui regretteront ces deux mois et qui sont anxieux.ses de ce retour à l'(a)normal. ♥

3 livres pour changer son regard sur 3 sujets

Ces dernières semaines, j’ai eu l’occasion de lire trois livres passionnants. Leur point commun : ils participent à nous donner de nouvelles pistes pour changer notre regard sur trois thèmes : la maternité, la sexualité et le cinéma. Je propose ici une synthèse de ces ouvrages et j’espère que cela pourra vous donner envie de vous y plonger plus en profondeur. Si toutefois la lecture ne vous motive pas, j’ai mis en fin de paragraphe les liens d’épisodes de podcasts qui abordent ces thèmes. Une autre façon de re-découvrir ces sujets sans passer par la lecture d’un livre entier.

SUR LA MATERNITÉ
Lâchez-nous l’utérus de Fiona Schmidt

Dans cet ouvrage, l’autrice nous propose d’en finir avec la charge maternelle. Fiona la définit comme une pression généralisée à la maternité qui pèse indifféremment sur toutes les femmes depuis leur premier poupon. Sur « celles qui ne veulent pas d’enfants, sur celles qui ne savent pas si elles en veulent, sur celles qui ne peuvent pas en avoir, sur celles qui sont mères et qui sont débordées, déprimées, indifférentes, absentes, ou qui ne font pas tourner toute leur vie autour de leurs enfants ».

L’autrice part d’un constat : la maternité est encore et toujours une affaire de femmes, et les pressions et remarques à ce sujet proviennent majoritairement des autres femmes. Comme si nous étions toutes dans une sorte de compétition pour savoir qui fera le mieux et le plus juste. Ce sont des phrases comme, je cite, « Les enfants, c’est le but de la vie d’une femme », « C’est pas la peine d’avoir des enfants si c’est pour ne jamais les voir ! », « On ne peut pas priver un homme du bonheur d’être père », « Tu n’as que 20 ans, tu changeras d’avis », « Tu as 30 ans, il faut te dépêcher », « Tu as 40 ans, c’est dangereux », « Ah bon, tu allaites ? », « Ah bon, tu n’allaites pas ? », « A quand le deuxième ? », « Mais pourquoi un troisième ?! », « Quand est-ce que tu me fais des petits-enfants ? », « Y’a un père ? », « Pff la dépression post-partum, c’est la grande mode en ce moment.. », « Tu ne veux pas d’enfants, t’es lesbienne ? ».

Le problème, c’est que toutes ces injonctions contradictoires placent les femmes dans une position dans laquelle elles se sentent coupables tout le temps :

– Du côté des mères : coupables de ne pas passer assez de temps avec ses enfants, coupables d’en avoir parfois marre de ses enfants, coupables de cuisiner des surgelés, coupables de ne pas toujours réussir à être bienveillantes, coupables lorsque les enfants ne « font pas leur nuit » assez vite, coupables d’avoir envie de tout envoyer valser certains jours, coupables de ne pas reprendre une sexualité deux semaines après l’accouchement, coupables de ne pas perdre le poids pris durant la grossesse assez rapidement.

– Du côté des nullipares (celles qui n’ont pas d’enfants) : elles finiront seules avec leurs chats, elles ont sûrement des problèmes mentaux car c’est quand même bizarre de ne pas vouloir d’enfants, elles doivent être immatures, égoïstes, chochottes, peut-être n’ont-elles pas trouvé le bon partenaire.

– Du côté de celles qui essaient et qui n’y parviennent pas : ce doit être dans leur tête, peut-être ne sont-elles pas prêtes mentalement, peut-être faudrait-il essayer de lâcher prise.

Fiona Schmidt propose plusieurs choses (liste non exhaustive) :

1) Arrêtons de nous juger les unes les autres, arrêtons de critiquer les choix de maternité ou non maternité de nos copines, arrêtons de critiquer la manière dont les enfants sont élevés, arrêtons de faire des remarques sur tout ce qui a trait à ce domaine.

2) Arrêtons de penser qu’il est obligatoire de faire passer son identité de mère avant celui de femme. Il est autorisé de prendre du temps pour soi et de ne pas se consacrer uniquement à ses enfants, il est autorisé de se définir d’abord comme une femme puis comme une mère. Rien de tout cela ne fait des femmes de mauvaises mères.

3) Arrêtons de promulguer la maternité comme l’accomplissement ultime dans la vie d’une femme et le but vers lequel nous devrions toutes tendre sans exception. Nous sommes toutes de « vraies » femmes, que nous ayons des enfants ou que nous n’en ayons pas.

C’est un livre très déculpabilisant qui fait beaucoup de bien. Je crois que sa lecture peut toutes nous permettre de mieux comprendre les situations qui divergent de la nôtre et ainsi évoluer dans un contexte plus bienveillant. Je le recommande chaleureusement à toutes les femmes (et aux hommes bien sûr), qu’elles aient ou non des enfants, qu’elles en désirent ou non, qu’elles puissent en avoir ou non.

Petite vidéo où Fiona Schmidt résume son livre. Elle est excellente et je suis sûre qu’elle vous donnera envie de lire son livre après l’avoir écouté !

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SUR LA SEXUALITÉ
Sortir du trou, lever la tête de Maïa Mazaurette

En voilà un livre super intéressant qui nous propose de déconstruire notre vision de la sexualité. Divisé en deux parties, il permet de poser un constat et les problèmes qui en découlent puis de proposer des solutions nouvelles.

Dans la première partie intitulée Sortir du trou et échapper à notre vision étriquée du sexe, Maïa Mazaurette parle du concept de trou selon lequel les femmes seraient des trous. Quelles conséquences est-ce que cela engendrent, d’être un trou ? A qui est-ce que cela profite ? Comment construit-on une sexualité lorsque l’on pense que les femmes sont des trous et que les bites n’ont pas d’œil ? Comment un trou peut-il avoir des envies, du désir, des attentes ? Comment être dans la réciprocité lorsque l’on pense que l’un donne et l’autre reçoit ? Ce concept de trou ne conduirait-il pas à un monologue plutôt qu’à un dialogue ? Ce concept de trou ne serait-il pas responsable du fait que la sexualité devienne ennuyante une fois passés les premiers mois ?

Maïa Mazaurette postule que cette vision étriquée du sexe, dans laquelle des vagins sont comblés par des pénis, participe à rendre la sexualité très fade puisqu’elle réduit les possibilités à peau de chagrin. Elle dit « Plus tu pénètres, moins nous faisons l’amour. » « Le Kamasutra équivaut gastronomiquement à s’enfoncer des saucisses dans la gorge, comme seul aliment, à chaque repas, toute sa vie – la même saucisse de Francfort, agrémentée les jours de fête d’un doigt de moutarde. Le gavage des orifices : se nourrir, plutôt que manger, remplir plutôt que faire l’amour. Mais qu’espérait-on exactement ? Si la sexualité est un trou, il ne pouvait rester qu’une liste de positions (= une liste de pénétrations). La sexualité du trou n’ampute pas seulement les humains, elle ampute les livres. Elle ampute les imaginaires. »

Une fois que ce constat est posé, l’autrice passe à la deuxième partie intitulée Lever la tête et inventer un nouveau répertoire érotique. Maïa estime que la pauvreté de nos représentations sexuelles pousse les individus à désirer des relations sexuelles avec d’autres partenaires. Mais, pour elle, « avoir couché avec mille inconnus revient à n’avoir couché avec personne. On aura simplement accumulé les corps sans se poser de question. On n’amasse aucune connaissance. On n’apprend rien. » Elle défend l’idée d’une sexualité avec la même personne sur du long terme afin d’explorer tous les possibles. Elle dit « Les relations suivies permettent de bâtir une relation de confiance. Elles permettent de meilleurs rapports sexuels » (ceci pour autant que ce soit entre deux personnes qui se respectent et qui écoutent les envies de chacune). « L’attention portée au lien privilégié permet une connaissance chirurgicale du corps de l’autre. » « Cela entraîne des rapports sexuels plus efficaces et plus inventifs. » « Si nous nous ennuyons parce que l’autre est toujours le/la même, c’est que nous le/la regardons mal et que nous l’enfermons dans nos pré-conceptions en lui déniant son potentiel de réinvention. » « Or, la beauté est suffisamment multiforme pour qu’on puisse la faire advenir ; quand elle se cherche, elle se trouve. » « Si nous consacrions à l’admiration de notre partenaire la moitié du temps que nous passons à nous regarder nous-mêmes, nous serions surpris des résultats. »

Elle aborde également la nécessité de co-produire du désir. Nous ne pouvons pas attendre des femmes qu’elles désirent de façon magique des hommes qui ne sont même pas capables de se couper les ongles des pieds ou d’enlever leurs chaussettes avant une partie de jambes en l’air. « Pourquoi, au bout d’un an de couple, les femmes se détachent-elles déjà de leur partenaire ? Eh bien, parce qu’elles n’ont aucun support décent où poser leur désir : les hommes ne savent pas le susciter (ils ne disposent pas de techniques érotiques permettant de s’autoérotiser), et les femmes elles-mêmes ne savent pas comment inventer cette culture-là. »

Enfin, elle remet aussi l’église au milieu du village : si les femmes ont, en règle générale, moins envie que les hommes, c’est parce que cette sexualité basée sur le concept du trou à remplir est conçue pour satisfaire les hommes, et non pas les femmes. Et comme partout, plus on s’ennuie, moins on s’implique. Elle parle des organes sexuels féminins et masculins et souligne combien nous sommes faits de la même façon. Nous avons toutes et tous des orifices, nous avons toutes et tous des organes érectiles. Avec des stimulations adéquates, hommes et femmes « ont le même potentiel orgasmique. »

Ce livre est une véritable merveille tant il est éclairant, instructif, bien écrit et facile à lire. Je vous le conseille !

♥ Vous pouvez aussi écoutez les deux épisodes des Couilles sur la table avec Maïa Mazaurette qui reprennent les éléments du livre et qui sont passionnants : Sortir du trou et Érotiser les hommes. Il peut être chouette de les écouter en couple :).

♥ Je vous recommande également le compte Instagram Jouissance Club.

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SUR LE CINÉMA
Le regard féminin, une révolution à l’écran d’Iris Brey

Iris Brey est docteure et enseigne le cinéma à l’université de Californie. Dans ce livre, elle théorise le regard féminin (le female gaze) au cinéma et montre sur quels points il diverge du regard masculin, le male gaze. Le male ou female gaze est une façon de filmer les personnages selon un point de vue. Depuis une centaine d’années, la grande majorité des films sont produits et filmés par des hommes, et cela a forcément des incidences sur la façon dont sont montrées les femmes à l’écran. Elles le sont au travers d’un regard masculin. Ne voir, depuis l’invention du cinéma, que des femmes filmées par des hommes et donc majoritairement d’un point de vue masculin (il y a toutefois des hommes qui recourent au female gaze) nous fait perdre toute une dimension de la pluralité de nos expériences. De plus, cela a forcément des incidences sur la manière dont on perçoit les femmes dans la société.

En 2018, au Festival de Cannes, ’82 femmes se plantent sur le tapis rouge pour rendre visible la discrimination des femmes dans ce festival. Alors présidente du jury, Cate Blanchett, entourée du collectif 5050, explique : « 82, c’est le nombre de films réalisés par des femmes invitées à concourir en compétition officielle depuis la première édition du Festival en 1946. Dans le même temps, 1688 hommes ont pu grimper ces mêmes marches. »‘

Le male gaze, théorisé par Laura Mulvey, c’est montrer une image sexualisée des personnages féminins d’un point de vue masculin, pour le regard et le plaisir des hommes. Selon Wikipedia, c’est « le fait que la culture visuelle dominante (magazines, photographie, cinéma, publicité, jeu vidéo, bande dessinée, etc.) imposerait au public d’adopter une perspective d’homme hétérosexuel. » Cela s’illustre par le fait de filmer une femme de haut en bas, d’objectifier son corps ou de le découper en morceaux (Margot Robbie et Margaret Qualley dans Once Upon a Time – ici ou ici – je trouve ces scènes très malaisantes). C’est aussi le fait de regarder des femmes qui ne savent pas qu’elles sont observées (Halle Berry qui sort de l’eau pendant que James Bond la mate à l’aide de ses jumelles – ici).

Selon Iris Brey, le female gaze n’est pas le contraire du male gaze. C’est un procédé plus complexe qui « filme les femmes sans en faire des objets, permet de partager la singularité des expériences féminines avec les spectateurs et spectatrices et permet de renouveler notre manière de désirer en regardant sans voyeurisme. »

« Pour savoir si un film recourt au female gaze, il faut narrativement que :

1. Le personnage principal s’identifie en tant que femme ;
2. L’histoire soit racontée de son point de vue ;
3. Son histoire remette en question l’ordre patriarcal.

Il faut également, d’un point de vue formel, que :

1. Grâce à la mise en scène, le/la spectateur.ice ressente l’expérience féminine ;
2. Si les corps sont érotisés, le geste doit être conscientisé ;
3. Le plaisir des spectateur.ices ne découle pas d’une pulsion scopique (prendre du plaisir en regardant une personne en l’objectifiant, comme un voyeur). »

Dans ce livre, Iris Brey remet en lumière des réalisatrices qui ont été invisibilisées au cours de l’histoire. Elle détaille son propos en analysant des scènes de films afin de dévoiler ce qu’il y a derrière. Elle y aborde l’esthétique du désir, la manière dont sont représentés les viols au cinéma et les problèmes que cela engendre dans la vie, mais aussi la façon dont est représentée la jouissance féminine.

A la fin, elle donne une liste de films recourant au female gaze. Il peut être intéressant d’en regarder quelques-uns afin de voir quelles émotions différentes ils nous procurent et si cela nous plaît davantage. Cela dit, il y a un film female gaze que nous avons quasi toutes et tous vu.. c’est Titanic ! 🙂

♥ Vous pouvez aussi écoutez les deux épisodes des Couilles sur la table avec Iris Brey qui reprennent les éléments du livre de façon simple et amusante et qui sont passionnants : Male Gaze, ce que voient les hommes et Female Gaze, ce que vivent les femmes.

Qu’en pensez-vous ? Est-ce que ces livres vous donnent envie de les lire ? Les avez-vous déjà lus ?


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