L’Ordre Divin – Pourquoi il faut voir ce film

Lundi soir, j’ai découvert par hasard L’Ordre Divin de Petra Volpe sur la RTS. Je ne sais pas où j’étais en 2017 mais je n’ai pas entendu parler de ce film qui se révèle être une vraie petite merveille. J’ai adoré-adoré-adoré. Il devrait être diffusé dans toutes les écoles suisses en cours d’histoire pour raconter notre passé pas si lointain.

Au départ, je voulais simplement l’évoquer dans mes favoris culture du mois de janvier mais je me suis dit qu’il méritait bien plus que quelques lignes dans un article. Il m’a beaucoup touché et je l’ai aimé pour tout plein de raisons que j’avais envie de partager. J’espère vous donner l’envie de le regarder si ce n’est pas déjà fait. Il est actuellement disponible en replay sur la RTS jusqu’à lundi prochain.

Il n’y a pas véritablement de spoilers au cours des prochaines lignes mais je détaille quelques scènes dans le chapitre « Les thèmes abordés ». Si vous ne voulez pas les découvrir à l’avance, revenez-y plus tard après avoir visionné le film.

RÉSUMÉ

L’histoire se déroule en 1970 dans un petit village près d’Herisau dans le canton d’Appenzell. Nora, une jeune femme au foyer, vit avec son mari, Hans, ses enfants et son beau-père. Ses journées sont dévouées aux tâches domestiques : préparation des repas, courses, lessives, ménage. Nora n’est pas heureuse et elle commence fermement à s’ennuyer. Elle aimerait travailler. Malheureusement, Hans n’est pas d’accord, et, en 1970, si le mari ne donne pas son autorisation, la femme ne peut pas exercer un emploi.

Dans quelques semaines aura lieu la votation pour accorder, ou non, le droit de vote aux suissesses. Alors que Nora se promène au village, elle passe devant un stand qui promeut le « oui ». La responsable lui donne plusieurs brochures ainsi qu’un livre de Betty Friedan, une grande féministe américaine. Nora passe la nuit à lire l’ensemble de ces textes. Au fil des jours suivants, sa conscience sur les inégalités s’éveille et grandit.

A l’aide de Graziella et Vroni, deux autres femmes du village, elle décide de créer un mouvement pour militer en faveur du droit de vote des femmes. Toutes ensemble, elles vont s’allier pour lutter pour leurs droits.

MON AVIS

Je le disais au début de l’article, j’ai absolument adoré ce film. Au-delà de l’intérêt pour l’aspect historique, j’ai trouvé les personnages particulièrement touchants et attachants. Ils sont plein d’espoirs et j’aime ce regard bienveillant et tendre que la réalisatrice pose sur eux. J’admire le courage de Nora, on voit combien il est difficile d’avoir une pensée différente dans un petit village tel que le sien. Son engagement a des répercussions sur ses enfants et sur son mari, mais elle tient bon, reste digne, forte et va jusqu’au bout pour défendre ses convictions.

J’ai beaucoup aimé Hans également, son mari. Ces évènements ne sont vraiment pas simples pour lui non plus et on voit combien il est tiraillé. Doit-il soutenir sa femme et subir les moqueries de ses collègues et des autres hommes du village ? Ou se désolidariser pour garder la face ? On constate à quel point la pression sociale est importante dans ces campagnes. Hans fait preuve d’une grande ouverture d’esprit pour cette époque. Il essaie de comprendre, il fait son cheminement personnel, il évolue. Je l’ai trouvé tellement chou lors d’une scène dans sa cuisine où il prépare une tarte aux pommes pour ses enfants vêtu du tablier de sa femme. Le film est ponctué de petites scènes de ce genre, drôles et incongrues. Elles participent grandement au charme du récit et j’ai beaucoup rigolé devant ma télé. Elles ajoutent un peu de légèreté et de rires dans ce climat difficile et c’est agréable.

Le fait que ce film parle de notre histoire et soit tourné dans notre pays est aussi un élément important. Au début, on voit Nora se balader en vélo au milieu des pâturages. On reconnaît tout de suite qu’on est en Suisse et il y a quelque chose de plaisant, rassurant, à voir un paysage que l’on connaît. Dans la quasi totalité des films que l’on regarde, le décor ne nous est pas familier, les scènes sont tournées l’étranger dans des contrées lointaines. Je me suis sentie chez moi en regardant ce film. J’ai vraiment aimé découvrir un récit qui parle de notre histoire, de nos villages, de nos paysages, de nos habitantes et habitants. Ça me paraît important de le souligner car cela n’arrive quasiment jamais. Il faut le reconnaître, le cinéma suisse n’est pas le point fort de notre pays et c’est en voyant, enfin, un film qui parle de nous et qui est tourné chez nous que l’on voit à quel point ça fait du bien. En tout cas, c’est comme ça que je l’ai ressenti.

LES THÈMES ABORDÉS

♦ La sororité et l’alliance entre les femmes : nous grandissons malheureusement dans un monde où l’on est éduquées de sorte à considérer les autres femmes comme de potentielles rivales plutôt que comme des alliées. Jalousie, médisance, jugement, je crois que nous avons toutes des dizaines d’exemples à citer. Tout ceci n’est pas naturel, on ne naît pas en pensant que nos semblables sont des ennemies. C’est un comportement qui est socialement construit et il est donc possible de le modifier. Nous pouvons nous aimer les unes les autres, nous entraider, nous soutenir, nous valoriser, plutôt que l’inverse. Dans le film, cette sororité est parfaitement illustrée : les habitantes du village se réunissent pour unir leurs forces et décident, toutes ensemble, de faire « la grève des femmes ». Elles quittent ainsi leurs domiciles et se rassemblent dans le restaurant de Graziella où elles vont rester jusqu’au jour de la votation. On assiste à de super moments entre femmes où elles rient, boivent et se font des confidences.

♦ La découverte de son corps et sa réappropriation : lors d’une balade à Zurich, Nora, Thérèse et Vroni assistent à un cours consacré à l’anatomie féminine. La prof invite les participantes à regarder leur sexe dans un miroir. Le sujet est compliqué mais la scène est présentée d’une façon super drôle qui lui confère beaucoup de légèreté. Elles apprennent ainsi à découvrir leur corps puis à discuter entre elles du plaisir féminin.

♦ Le poids des normes établies et la difficulté de ne pas être comme les autres : Le mari de Nora se retrouve dans une situation compliquée. Au fond de lui, il soutient sa femme, mais il est embarrassant de le faire publiquement au vu du poids du regard des autres. Ses collègues masculins se moquent de lui, lui disent qu’il va finir par être homosexuel à force de devoir faire le ménage à la maison. Je trouve ce thème très actuel. Comme si le partage des tâches ou le fait qu’un homme se dise féministe lui enlevait une part de masculinité. C’est une idée que l’on rencontre encore malheureusement beaucoup de nos jours.

♦ La liberté sexuelle féminine non tolérée : la fille de Thérèse a 15 ans et est amoureuse d’un garçon de Zurich. Alors qu’elle ne fait rien d’autre qu’être en couple avec son copain, les gens la surnomment la pute du village. Là aussi se joue un grand contrôle social sur le corps des femmes qui n’ont pas le droit d’en disposer comme elles l’entendent. Je ne vous en dis pas plus à ce sujet, mais on découvre comment le père de famille décide de régler ce « problème ».

♦ Les femmes sont elles aussi conditionnées par les codes de la société patriarcale. Certaines femmes pensent que les inégalités sont normales et justifiées par la nature. Car naturellement, les hommes et les femmes sont différents, nous avons donc des rôles différents à jouer dans la société. Cette explication est dérangeante car elle permet de justifier les inégalités à l’aide de la nature alors qu’elles n’ont pourtant rien de naturel. Nos différences de corpulence, de force physique ou de capacité reproductrice ne justifient pas le fait de gagner moins pour un travail égal ou d’être la préposée au nettoyage des toilettes. Dans le film, ce thème est bien illustré par une femme du village qui est absolument contre le droit de vote des femmes et qui milite dans ce sens.

♦ Le fait de ne pas écouter une femme parler et de la réduire au silence : lorsque Nora préside sa séance en faveur du droit de vote, presque tout le village est dans la salle. Alors qu’elle essaie de prononcer son discours, les hommes ne la laissent pas en placer une, lui coupent sans arrêt la parole, se moquent d’elle. C’est quelque chose qui a été démontré : les femmes sont beaucoup plus interrompues dans les débats et durant les réunions. Il suffit de le savoir et d’y prêter attention pour constater que c’est vrai. De plus, ce qu’elles disent est bien souvent beaucoup moins pris au sérieux que si c’est un homme qui dit exactement la même chose.

♦ Une partie de la population décide de droits qu’elle souhaite ou non accorder à une autre partie de la population. C’est un point que je trouve particulièrement choquant. Ce sont uniquement les hommes qui ont voté et qui ont décidé si, oui ou non, ils étaient d’accord que les femmes aient le droit de vote. N’est-ce pas complètement insensé ? C’est un groupe de personnes qui va décider des droits d’un autre groupe de personnes. Les dominants qui décident pour les dominés. J’y ai pensé dernièrement, c’est exactement pareil pour les droits accordés aux homosexuels. Ce sont les hétéros, proportionnellement plus nombreux, qui décident s’ils sont d’accord que les homos puissent se marier ou adopter. Je trouve ça totalement fou ! Dans une société idéale, ne pourrait-on pas demander aux concernés ce qu’ils en pensent plutôt que prendre les décisions à leur place ?

CONCLUSIONS

L’Ordre Divin est un film puissant et j’apprécie la manière dont il traite tous les points abordés ci-dessus. Ils sont si importants. Il m’a permis de vraiment comprendre et ressentir ce qu’ont vécu ces femmes qui se sont battues pour leurs droits. Combien elles ont dû lutter envers et contre toutes et tous. J’ai pris la mesure de tout ce qu’elles ont traversé et de la force qu’elles ont eu pour mener à bien leur combat. Ces femmes l’ont fait pour elles mais aussi pour nous. Pour les générations suivantes. Ainsi, je trouve qu’il est un peu facile, aujourd’hui, de dire qu’on est contre le féminisme ou qu’on « n’est pas féministe ». Ce n’est vraiment pas rendre hommage à toutes ces femmes qui nous ont permis d’avoir la vie que nous avons aujourd’hui.

Le féminisme souffre de la mauvaise image qui lui est donnée, et elle lui est donnée justement pour le réduire au silence. Sans toutes ces femmes qui nous ont précédées, sans toutes ces femmes féministes qui ne se battaient pour rien d’autre que pour l’égalité des sexes, sans toutes ces femmes qui ont réfléchi et qui ont pensé les mécanismes à l’œuvre dans la société et qui les ont déconstruit, nous en serions toujours au même stade qu’en 1970 : les femmes n’auraient pas le droit de vote, les femmes ne pourraient pas ouvrir un compte bancaire sans l’accord de leur mari, les femmes ne pourraient pas travailler, les femmes auraient une seule et même destinée : avoir des enfants, faire le ménage à la maison et servir les hommes. Sans le travail des féministes actuelles, nous n’aurions pas mis de mots sur la charge mentale, sur la charge émotionnelle, sur le harcèlement de rue, sur la culture du viol. Sans le travail des féministes, on vivrait toujours dans un monde où des milliers d’Harvey Weinstein règnent sur le monde et abusent de femmes sans jamais être inquiétés (et nous n’en sommes pas encore sortis malheureusement).

Cette dernière année, j’ai lu beaucoup de livres féministes, j’ai écouté énormément de podcasts féministes. Cela m’a ouvert encore plus l’esprit et m’a rendue malheureusement davantage consciente des inégalités qui existent toujours dans notre société. A aucun moment, je n’ai lu ou entendu des choses insensées ou des idées « extrémistes ». La plupart des gens qui pensent que les féministes exagèrent n’ont, à mon avis, mais peut-être que je me trompe, pas lu de livres féministes et se basent sur des « on dit ». Il faut vraiment dédiaboliser ce mot et se renseigner sur qu’est vraiment le féminisme. Combien de fois ai-je entendu des femmes évoquer des inégalités et s’en révolter mais préciser juste après « mais je ne suis pas féministe ». Comme si c’était une tare.

Selon Wikipédia, le féminisme est « un ensemble de mouvements et d’idées politiques, philosophiques et sociales, qui partagent un but commun : définir, promouvoir et atteindre l’égalité politique, économique, culturelle, personnelle, sociale et juridique entre les femmes et les hommes ». Être féministe, ça ne veut pas forcément dire aller faire des manifs les seins nus ou brûler des soutifs (et quand bien même..), ça ne veut pas dire haïr les hommes, ça ne veut pas dire être une hystérique qui veut couper les testicules de tous les mecs sur son passage. Être féministe, c’est simplement vouloir l’égalité dans tous les domaines, c’est gagner le même salaire qu’un homme pour un poste de travail similaire, c’est avoir autant de chance qu’un homme d’obtenir un poste à responsabilité, c’est être entendue et écoutée quand on parle, c’est enfin être considérée comme une victime quand on subit un viol et non pas comme la coupable qui a provoqué ça, c’est constater le traitement qui est encore et toujours réservé aux femmes aujourd’hui en Suisse et dans le monde, dans toutes les sphères de la société.

Je peux tout à fait concevoir qu’on ne soit pas forcément engagé.e dans le féminisme, qu’on ne s’y intéresse pas plus que ça ou que relever les injustices ne soit pas important à titre personnel. Vraiment, je peux le comprendre sans problème. Après tout, chacun ses combats et chacun ses chevaux de bataille. Par contre, j’ai vraiment du mal à comprendre quand une personne me fait part des injustices qu’il ou elle perçoit dans sa vie mais qu’il ou elle ajoute ensuite « mais je ne suis pas féministe ». Arrêtons d’avoir honte d’être féministe ! Arrêtons d’avoir honte de vouloir simplement l’égalité, le partage des tâches ménagères et le même salaire que les hommes. Vraiment, en 2019, je crois qu’il est temps d’arrêter d’avoir honte de vouloir tout ça.

Et vous, avez-vous vu ce film ? Si oui, qu’en avez-vous pensé ? Si non, est-il est susceptible de vous intéresser ?

8 commentaires

  • Myrtilla
    février 7, 2019

    Merci pour cette belle découverte, je vais essayer de le regarder ce soir, il a l’air super intéressant !! 😀

    • Melody | Ally Bing
      février 7, 2019

      Ah cool, j’espère qu’il te plaira tu me rediras 😀

      • Myrtilla
        février 10, 2019

        J’ai adoré !! Ça devait pas être facile à l’époque, pour les femmes. Aujourd’hui c’est assez différent, on se bat mais pour d’autres aspects après tout. Merci encore pour la découverte !! 😀

        • Melody | Ally Bing
          février 12, 2019

          Super, je suis contente qu’il t’aie plu 🙂 Merci d’être revenue me dire ce que tu en as pensé 🙂
          Oui c’est clair, on se bat toujours mais pour d’autres sujets !
          A tout bientôt !

  • Carnet de Lucie
    février 7, 2019

    Coucou,
    je ne connaissais pas du tout ce film mais je dois dire qu’il m’intéresse beaucoup ! Encore plus suite à la lecture de ton article et des différents thèmes que tu cites qui sont présents dans le film. Je vais aller voir sur le site de la rts si depuis la France j’y est accès pour le voir ! ^^ (Le replay n’est accessible qu’en Suisse, je ne doute pas que je vais réussir à le trouver sur une plateforme de streaming 🙂 )

    • Melody | Ally Bing
      février 7, 2019

      Hello !
      Trop chouette alors, j’espère que tu arriveras à le trouver 🙂
      Redis-moi ce que tu en as pensé si tu peux le voir 🙂
      A bientôt xx

  • Mam's
    février 12, 2019

    J’ai vraiment beaucoup aimé ce film. Le tiraillement de Hans entre l’amour pr sa femme où l’on sent qu’il voudrait la soutenir et le regard moqueur des hommes du village est touchant. Et les fils de Nora, élevés en mecs qui ne doivent pas pleurer, aidés en cela par un grand père qui ne voit en la femme qu’une bonniche te fait bondir de ton fauteuil !
    J’ai tellement de mal à croire que j’avais 9 ans quand se déroule ce film … Nora aurait pu être ta gd maman ! Il faudra qu’on en parle. Bisous

    • Melody | Ally Bing
      février 12, 2019

      Coucou Maman merci pour ton message qui est super chou. Je suis contente que le film t’aie plu 😀 C’est tout à fait ça pour Hans, les enfants et le grand-père !
      J’ai moi aussi du mal à croire que tu avais 9 ans, je pense souvent au fait que tu es née et a grandi dans un monde où tu n’avais pas le droit de voter (et pas le droit à plein d’autres aspects comme décrits dans le film). Je me réjouis qu’on en parle 🙂 Gros bisous <3

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