Quelques pistes pour commencer à être féministe

Être féministe ne va pas de soi. Je ne crois pas qu’on se réveille un jour en étant féministe. Je crois même, au contraire, que nous sommes tous et toutes sexistes et misogynes. Pour autant, ce n’est pas quelque chose que nous faisons sciemment et consciemment. Nous naissons neutres mais grandissons et évoluons dans une société sexiste et misogyne, dans une société patriarcale où les dominants sont les hommes, les dominées les femmes, et nous essayons plus ou moins de nous démerder dans ce foutoir. Depuis que nous sommes enfants, dès 3-4 ans déjà, on apprend que tout ce qui à trait aux filles est nul et tout ce qui a trait aux garçons a de la valeur. Il y a quelques jours, j’ai cherché les synonymes des mots « femme » et « homme » sur Synonymo. Essayez seulement, c’est éloquent. Pour femmes, on a bobonne, donzelle, pimbêche, maîtresse, femmelette, créature, épouse, commère, fille d’Eve, marâtre, nana, belle-mère, compagne, mère, nénette. Pour homme, on a être humain, âme, combattant, mâle, gaillard, drôle, soldat, naturel, célébrité, amoureux, garçon, sujet, individu, mari. Vous constaterez que, d’une part, les synonymes masculins sont beaucoup moins voire pas du tout péjoratifs alors que c’est le cas de la plupart des synonymes féminins, et d’autre part, que les femmes sont beaucoup plus définies par rapport à une autre personne (mère, fille, belle-mère, compagne) pendant que les hommes sont des combattants drôles et naturels.

En évoluant depuis toujours dans un contexte inégalitaire, renforcé par le degré de sexisme de la langue que nous parlons, nous finissons par en être imprégné. Si vous grandissez auprès de personnes racistes, si vous entendez des théories racistes à longueur de journée et des exemples vous prouvant que tous les étrangers sont mauvais, il y a de grands risques pour que vous développiez des idées racistes vous aussi. Et bien pour le sexisme, c’est pareil.

Sortir des préjugés, sortir de cette culture misogyne demande un effort qui a un terme : la déconstruction. Cela signifie entreprendre consciemment un processus durant lequel on dé-construit tout ce que l’on a appris depuis qu’on est enfant et qu’on prenait pour valeur sûre en remplaçant petit à petit nos certitudes par d’autres qui ne sont plus sexistes ni misogynes.

Je peux vous assurer qu’une fois passée de l’autre côté, on a plus du tout envie de revenir d’où on est partie. Cela dit, je ne vais pas mentir, c’est parfois difficile. C’est dur de remarquer les injustices à tous les coins de rue, c’est chiant de devoir arrêter un livre parce qu’après avoir lu 40 pages on remarque que tous les personnages féminins sont décrits comme idiots et sans substances pendant que les hommes y sont merveilleux et intelligents, c’est chiant de regarder Top Chef et de constater qu’il n’y a pas une meuf, c’est chiant de regarder Koh Lanta et de voir qu’ils ne présentent pas les femmes et les hommes de la même manière et qu’ils ne sont pas filmés de la même façon, c’est énervant de constater qu’il n’y a que des hommes autour de la table d’un plateau télé pour parler de la société ou de n’importe quel sujet, c’est usant de constater qu’au travail, 80% de tes collègues sont des femmes mais 98% de tes chefs sont des hommes. Tant qu’on a pas entamé ce processus de déconstruction, en règle générale, on ne remarque pas toutes ces choses. Elles nous paraissent normales et naturelles. Donc oui, il y a des désavantages à être déconstruit.e. Mais il y a tellement, tellement, tellement d’avantages à l’être que je prends volontiers le négatif qui va avec.

Je propose ainsi dans cet article quelques pistes d’entrée pour rejoindre ce monde merveilleux des féministes. Ce monde où on n’est plus d’accord qu’on se foute de notre gueule chaque fois qu’on ose l’ouvrir, ce monde où on n’est plus d’accord de voir nos copines être violées sans nous révolter, ce monde où on n’est plus d’accord de voir les journaux titrer « drame familial » ou « crime passionnel » alors que c’est un féminicide, ce monde où on n’est plus d’accord d’être sifflées et dérangées dans la rue, ce monde où on n’est plus d’accord de se coltiner la totalité du ménage, les courses, la préparation des repas et l’organisation de la maison juste parce qu’on est des femmes, ce monde où on n’est plus d’accord de ne regarder que des films faits par des mecs et pour des mecs où les femmes n’ont quasi pas de dialogues et sont filmées de haut en bas à chaque plan, ce monde où on est plus d’accord de baiser quand on en a pas envie, ce monde où les autres femmes ne sont plus des rivales mais des alliées, ce monde où on se sent quand même vachement plus en sécurité, écoutées et comprises. Venez les filles, on est tout plein à vous attendre de l’autre côté ♥

ÉCOUTER DES PODCASTS

Je crois que les podcasts constituent une très bonne porte d’entrée dans le féminisme. Ils n’impliquent pas une lecture longue ni une attention aussi soutenue que celle demandée pour lire un livre. Nous avons la chance d’avoir des contenus d’une qualité exceptionnelle depuis plus de trois ans et il serait dommage de passer à côté.

Ils peuvent s’écouter lorsque l’on conduit, quand on prend les transports, quand on fait du sport, quand on cuisine, quand on fait les courses, quand on fait un puzzle. Ils sont idéaux pour toutes les activités qui nous occupent les mains mais pas l’esprit.

– Pas son genre de Giulia Foïs

Un tout petit format pour démarrer en douceur. Giulia Foïs aborde plein de thèmes très intéressants sur lesquels s’interroger en quelques minutes seulement. Les textes sont incisifs et percutants, je les trouve parfaits pour commencer.

On voudrait nous faire taire, on ne s’y prendrait pas autrement | L’orgasme au féminin | Les sorcières : nouvelles icônes féministes | Le machisme, quand il ne tue pas il viole | Megan Rapinoe remporte le ballon d’or | Allemagne, quand une femme voilée ne fait pas scandale | Cadeaux de Noël

– Quoi de meuf

C’est le premier podcast féministe que j’ai écouté. Je conseille en particulier les épisodes de la première saison (j’ai moins suivi les saisons suivantes mais sans raison particulière et je ne doute pas que le contenu soit toujours au top). Ils sont vraiment très bien et on y apprend tout plein de choses dans une ambiance agréable et sympathique sous la forme d’une discussion. Elles y parlent de règles, de consentement, de réseaux sociaux, de drague, de charge émotionnelle, tout en recommandant des films et des séries qui leur ont plu.

– La Poudre de Lauren Bastide

J’ai beaucoup écouté La Poudre lors de ses débuts. Ce sont de longs entretiens avec des femmes contemporaines très inspirantes. C’est un podcast important car il nous permet d’entendre (enfin !) des femmes parler pendant des heures et des heures de leurs histoires et de leurs ressentis qui forcément résonnent en nous.

Pénélope BagieuEmma | Ovidie | Helena Noguerra | Sophie Fontanel | Mona Chollet | Camille Emmanuelle | Lolita PilleLeïla Slimani

Et si vous voulez aller plus loin, je conseille régulièrement des épisodes que j’ai beaucoup aimés dans mes Favoris Culture.

LIRE DES LIVRES

– Libérées ! Le combat féministe commence dans le panier à linge sale de Titiou Lecoq

Il me semble que c’est le premier livre féministe que j’ai lu et j’en garde un très bon souvenir. Titiou Lecoq y aborde la question des tâches ménagères et explique pourquoi le combat féministe commence dans la répartition égalitaire de la gestion des enfants et des corvées au sein du foyer. C’est une lecture amusante et facile avec un vrai fond et je vous le recommande pour commencer si vous souhaitez vous lancer dans la littérature féministe.

– King King Théorie de Virginie Despentes

C’est un très bon livre à lire pour se familiariser avec les thèmes féministes. Il se lit d’une traite, tellement de passages (si ce n’est tout le livre) paraissent si justes. J’adore le style et la manière dont elle écrit.

« Parce que l’idéal de la femme blanche, séduisante mais pas pute, bien mariée mais pas effacée, travaillant mais sans trop réussir, pour ne pas écraser son homme, mince mais pas névrosée par la nourriture, restant indéfiniment jeune sans se faire défigurer par les chirurgiens de l’esthétique, maman épanouie mais pas accaparée par les couches et les devoirs d’école, bonne maîtresse de maison mais pas bonniche traditionnelle, cultivée mais moins qu’un homme, cette femme blanche heureuse qu’on nous brandit tout le temps sous le nez, celle à laquelle on devrait faire l’effort de ressembler, à part qu’elle a l’air de beaucoup s’emmerder pour pas grand-chose, de toutes façons je ne l’ai jamais croisée, nulle part. Je crois bien qu’elle n’existe pas. »

Et si vous voulez aller plus loin, je vous conseille Le mythe de la virilité d’Olivia Gazalé, Sorcières de Mona Chollet et les BD de Liv Strömquist (I’m every woman, Les sentiments du Prince Charles).

REGARDER DES FILMS / SÉRIES / DOCUMENTAIRES
OÙ LES FEMMES OCCUPENT LES PREMIERS RÔLES

– L’Ordre Divin

L’histoire se déroule en 1970 dans un petit village près d’Herisau dans le canton d’Appenzell. Nora, une jeune femme au foyer, vit avec son mari, Hans, ses enfants et son beau-père. Ses journées sont dévouées aux tâches domestiques : préparation des repas, courses, lessives, ménage. Nora n’est pas heureuse et elle commence fermement à s’ennuyer. Elle aimerait travailler. Malheureusement, Hans n’est pas d’accord, et, en 1970, si le mari ne donne pas son autorisation, la femme ne peut pas exercer un emploi.

Dans quelques semaines aura lieu la votation pour accorder, ou non, le droit de vote aux suissesses. Alors que Nora se promène au village, elle passe devant un stand qui promeut le « oui ». La responsable lui donne plusieurs brochures ainsi qu’un livre de Betty Friedan, une grande féministe américaine. Nora passe la nuit à lire l’ensemble de ces textes. Au fil des jours suivants, sa conscience sur les inégalités s’éveille et grandit.

A l’aide de Graziella et Vroni, deux autres femmes du village, elle décide de créer un mouvement pour militer en faveur du droit de vote des femmes. Toutes ensemble, elles vont s’allier pour lutter pour leurs droits.

C’est un très bon film réalisé par Petra Volpe, une suissesse, qui aborde plein de thèmes féministes. Pour en savoir plus, vous pouvez lire l’article que j’avais écrit à ce sujet.

– Mrs. America

Mini-série qui est sortie hier et qui semble hyper intéressante et prometteuse. Elle retrace le combat politique d’américaines, qui dès les années 1970, se sont battues pour les droits des femmes et l’égalité. On y découvre les portraits de nombreuses activistes anti comme pro-féministes (Betty Friedan, Gloria Steinem, Phyllis Schlafly). Chacun des neuf épisodes a été nommé par l’un des prénoms de ces femmes qui ont marqué le XXe siècle. Je ne l’ai pas encore vue mais c’est au programme !

– Feminists, what were they thinking ? (sur Netflix)

Un documentaire qui revient sur la vague féministe des années 70. On y voit les récits des femmes qui ont participé à ce mouvement. On y retrouve Jane Fonda et Lily Tomlin qui sont excellentes.

⇒ Mais aussi Fleabag, The Marvelous Mrs. Maisel, Girls, Dead To Me, Marcella, Dr Foster, Gypsy, Girlboss, Captive, The Handsmaid’s Tale, Home for Christmas, Le portrait de la jeune fille en feu, Mustang, Les 4 filles du Dr March, Les Suffragettes, Nanette.

SUIVRE DES COMPTES INSTAGRAM

Il y a plein de comptes Instagram qui rendent le féminisme accessible à toutes et tous grâce à des illustrations, des phrases percutantes, des résumés d’études, des vidéos. Il y en a pour tous les goûts et c’est un moyen ludique d’apprendre plein de choses sur le féminisme. Je recommande les mêmes comptes que ceux cités dans cet article que j’avais publié dernièrement.

@thefionaschmidt | bordel.de.meres | @preparez_vous_pour_la_bagarre | @feminist | @limportante.fr | @danaemercer | @taspensea

Et vous, quels ont été vos premières découvertes féministes ? Quels sont les livres, les films, les documentaires, les séries, les podcasts que vous recommanderiez ?

No Comments Yet.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *